Uledi: L'intérim se veut durable
Fabrice Poncé, le président de l'Uledi, travaille à un rapprochement entre les professionnels de l'intérim, les pouvoirs publics et les entreprises afin d'élaborer un partenariat qui participe à rendre le marché de l'emploi plus souple et flexible.
Fabrice Barbian
L'année 2009 a vraiment été une année noire. Du jour au lendemain, les entreprises ont cessé de faire appel à nos services. Résultats des courses l'intérim a vu son chiffre d'affaires reculer de 35% (de 300 à 200 millions de CA) en quelques mois à peine, au Luxembourg, souligne Fabrice Poncé, le président de l'Union luxembourgeoise des entreprises de travail intérimaire (Uledi), qui regroupe les 23 entreprises les plus représentatives du secteur, mais également Business Lines Manager chez Adecco Luxembourg. Une forte chute de l'activité qui s'est traduite par la fermeture de différentes agences, des réductions de personnels et a laissé des milliers d'intérimaires sans mission quand on sait que ce secteur d'activité emploie environ 5.000 personnes équivalent temps plein, soit de 13.000 à 18.000 professionnels.
Aujourd'hui, l'intérim a recouvré un peu de couleurs. En 2010, le chiffre d'affaire est reparti à la hausse (+18%), une tendance qui devrait se confirmer cette année, les prévisions tablant sur une nouvelle hausse de 10%.
Si la reprise se confirme. Or on voit bien que les entreprises, hormis peut-être pour les métiers de l'industrie et du bâtiment pour qui l'activité est là, sont toujours très prudentes, faute de visibilité, souligne le spécialiste.
Des difficultés à se projeter à moyen ou long terme dont ne profite, paradoxalement, pas pleinement l'intérim dont l'intérêt réside notamment dans la plus grande flexibilité qu'il offre aux entreprises dans l'ajustement de leurs effectifs. On constate des évolutions. Des entreprises qui ne faisaient pas appel à nos services, notamment certaines PME et PMI, se montrent davantage intéressées car l'intérim propose des solutions pour répondre à des besoins ponctuels ou redynamiser des équipes en place avec l'intégration de nouveaux professionnels. Mais au Luxembourg, les professionnels de l'intérim, les intérimaires, les entreprises mais également les pouvoirs publics doivent davantage travailler ensemble, dans le cadre d'un partenariat, pour accompagner le besoin grandissant de flexibilité de l'économie nationale, en matière d'emploi. Et les rapports évoluent positivement. Par exemple, nous commençons à travailler de manière plus étroite avec l'Adem à l'heure où le chômage progresse, souligne Fabrice Poncé. Mais quid des intérimaires dans le cadre de cette quête vers toujours plus de «souplesse»?
Il faut déjà en finir avec l'idée que l'intérim est une voie de garage, réservée à une population qui est en échec et qui serait précaire. On l'a vu durant la crise, le CDI (contrat à durée indéterminée) ne protège pas de tout. Et un intérimaire est assurément mieux loti qu'un CDD (contrat à durée déterminée) qui à l'issue de sa mission se retrouve effectivement sans rien, même s'il est compétent. Dans l'intérim, bien avant le terme de sa mission, nous allons nous attacher à lui en trouver une autre dans la foulée car c'est son intérêt comme le nôtre de lui assurer du travail. Et ce souci de fidéliser le personnel est d'autant plus vif, aujourd'hui, pour les candidats qualifiés que nous avons des difficultés à recruter de tels profils. Parce qu'en 2007 et 2008, de 40 à 60% des intérimaires ont été embauchés en CDI, preuves s'il en faut que l'intérim peut être un tremplin pour qui souhaite intégrer une entreprise, mais aussi parce que suite à la baisse d'activité de 2009, de nombreux Français (60% des intérimaires au Luxembourg) et Belges ont repris une activité à proximité de chez eux, explique Fabrice Poncé.
L'atout formation
La transposition attendue pour 2011 de la directive européenne relative au travail intérimaire qui vise à davantage protéger les travailleurs intérimaires (principe d'égalité de traitement entre les travailleurs permanents et les travailleurs intérimaires), participe également à définir un cadre plus rigoureux.
Hisser le niveau de qualification du personnel intérimaire, c'est une autre priorité de l'Uledi qui a créé, fin 2009, le Fonds de formation sectoriel pour l'intérim (FSI) financé par la profession à hauteur de 0,6% de la masse salariale de l'ensemble des entreprises de travail intérimaire, soit un budget d'environ 1 million d'euros pour cette année.
Des formations d'une durée de 1 à 15 jours qui sont majoritairement destinées aux candidats non qualifiés (60%) mais qui s'adressent aussi à des profils expérimentés qui ont besoin d'affiner des savoir-faire en informatique ou en gestion ou d'acquérir de nouvelles compétences, dans les métiers de la banque ou de la finance, par exemple. Des formations durant lesquelles, ces personnes sont rémunérées dans le cadre de leur mission, insiste Fabrice Poncé. Depuis le début de l'année une quarantaine de personnes travaillant pour Adecco Luxembourg en auraient bénéficié. Adecco qui, après une année 2010 qualifiée de très bonne par son dirigeant, s'apprête à étoffer son réseau d'agences (8 pour l'heure) et à embaucher de nouveaux collaborateurs pour assurer son développement.
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