L'autre Amérique passe à l'attaque
Nul n'est prophète en son pays. Le dicton s'applique comme un gant à Barack Obama. Alors que sur la scène internationale il est perçu comme un homme d'État brillant, à l'intérieur de son pays, malgré son élan réformateur ou à cause de lui, il est de plus en plus malmené par les masses populaires drainées par une opposition de droite de plus en plus musclée.
Jean Portante
Des dizaines de milliers d'Américains se sont rassemblés ce 28 août, au Lincoln Memorial de Washington, et cela non pour commémorer le quarante-septième anniversaire du discours de Martin Luther King, tenu au même endroit le 28 août 1963. On se souvient de ce «J'ai fait un rêve» qui a sonné le début de la lutte pour les droits civiques des Afro-Américains. Mais cette fois-ci, la foule était presque exclusivement blanche. Et les discours visaient un Noir, en l'occurrence le président des États-Unis en personne. Une claque symbolique éhontée. Cela fait un certain temps que la droite la plus intolérante, frustrée par la déculottée électorale du parti républicain en novembre 2008, et nostalgique des années Bush, organise des rassemblements pour tirer à boulets bruns contre la politique d'Obama. Dans son collimateur il y a surtout les réformes sociales entreprises par la Maison Blanche, et parmi elles, celle de l'assurance maladie arrachée au Congrès par le président est la plus huée.
Chômage, misère, colère
Mais indépendamment de cela, tout ce que ce dernier peut dire ou faire est mis au pilori, tout simplement parce qu'il n'est pas un bon Américain aux yeux de ses ennemis, et même son appartenance religieuse a été mise en doute, l'opposition allant jusqu'à l'accuser de vouloir cacher son ancrage dans l'islam, alors qu'il ne cesse de démentir les rumeurs.
La polémique autour de la construction d'une mosquée tout près du Ground Zero à Manhattan, là où les tours jumelles du World Trade Center se sont effondrées en 2001, ne fait, bien entendu, que mettre de l'huile sur le feu. Le président est pour, au nom de la liberté religieuse. Une bonne partie de l'opinion publique la voue aux gémonies, faisant l'amalgame entre les auteurs des attentats et l'islam.
Mais qui sont donc ces Américains qui ainsi détestent, voire
haïssent tant leur président? Il y a là, pour chauffer les foules,
un prédicateur mormon, présentateur vedette de télé, ex-alcoolique clamant – comme George Bush d'ailleurs – que la foi l'a sauvé de la déchéance. Glenn Beck est son nom, et toute son argumentation se réduit à un seul constat: Barack Obama serait un raciste anti-Blancs. Il n'en faut pas plus pour magnétiser ces foules blanches qui ne demandent qu'à en découdre.
Toutes les variantes de la mouvance d'extrême droite, des fondamentalistes religieux aux nazillons purs et durs qui rêvent d'une Amérique propre et blanche sont évidemment de la partie.
Mais ce qui est plus dangereux, c 'est que le parti républicain, plus revanchard que jamais, est, lui aussi présent, non seulement pour tirer les ficelles dans les coulisses, mais au premier plan.
Ainsi, Sarah Palin, ex-candidate à la vice-présidence, rêvant de se mesurer au président lors des élections de 2012, fait figure de meneuse dans ces Tea Parties et draine vers elles tous les mécontentements et réflexes ultra-conservateurs de ses compatriotes les plus remontés. Tout ceci, évidemment, en vue des élections législatives dites de mi-mandat qui se tiendront en novembre et qui risquent fort, les sondages l'annoncent, de faire perdre ä Obama la majorité au Congrès.
Or, si de plus en plus d'Américains rejoignent le camp des mécontents, c'est surtout parce que le citoyen moyen a été fragilisé par la crise économique qui s'est invitée dans le mandat d'Obama entamé en janvier 2009. Le chômage massif, la précarité, la misère ont pointé leur nez. De là à faire dévier la colère vers la seule personne du président, le pas a pu être franchi très vite.
Ceci, malgré les changements historiques opérés par l'administration Obama tant au niveau de la couverture sociale
universelle (là où tous ses prédécesseurs avaient échoué) qu'à celui de la relance économique (presque 800 milliards de dollars injectés dans l'économie) ou de l'assainissement du système financier. Un bilan plutôt positif que l'opposition a taxé de socialiste, autant dire, aux États-Unis, de diabolique.
Voilà donc, aux yeux non seulement des ultra-conservateurs, mais de franges de plus en plus larges de la population, un président rouge, anti-Blancs et peut-être même musulman qui, quoi qu 'il fasse, est devenu une cible à abattre.
Magique, touchant, grave
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