ArcelorMittal: les syndicats s'organisent à l'échelon européen
Les manifestations visant à dénoncer les décisions d'ArcelorMittal se multiplient au Luxembourg, mais c'est aussi le cas en Wallonie et en Lorraine
À l'échelon de la Grande Région, les politiques ne font pas preuve d'unité pour ne serait-ce que dénoncer les décisions d'ArcelorMittal. Un constat qui vaut aussi pour les syndicats luxembourgeois, belges et lorrains, qui, disent-ils, privilégient une démarche à l'échelle locale et européenne.
Fabrice BARBIAN
Le silence de la Grande Région à propos des décisions d'ArcelorMittal dont sont victimes des salariés lorrains, luxembourgeois et belges est impressionnant. J'avoue être très surpris. Pour évoquer Cattenom, nous avons su nous mettre autour de la table pour discuter. Là, rien, souligne Roger Cayzelle, le président du Conseil économique et social de Lorraine.
À défaut d'une union sacrée politique, c'est donc localement que les élus prennent les choses en main pour manifester leurs inquiétudes, leur colère ou leur indignation. Une mobilisation dispersée qui, vue de l'extérieur, caractérise également les actions des syndicats luxembourgeois, français et belges, lesquels ne font pas davantage preuve de solidarité afin de mieux peser face à la direction de l'aciériste.
Une action commune entre les différents syndicats de la Grande Région n'est pas à exclure définitivement, plus tard peut-être. Mais il est faux de prétendre que rien ne se fait. «C'est à l'échelon européen que les syndicats agissent au travers du Comité d'entreprise européen [NDLR: CEE, qui fédère les syndicalistes de huit pays]», précise Alain Gatti, le secrétaire général CFDT Lorraine.
«Barroso et ses potes»
Nous sommes effectivement avant tout mobilisés localement, mais on se rencontre régulièrement avec les collègues des autres pays. Nous planchons notamment sur les actions communes que nous allons mener car d'autres sites en Europe sont également concernés par des fermetures, confirme Jean-Claude Bernardini, le secrétaire général de l'OGB-L.
Dans l'immédiat, il est important de ne pas réagir qu'avec les tripes, sur des coups de tête (pour rappel, à Liège, la direction a été séquestrée pendant vingt-quatre heures). Ne serait-ce que pour ne pas donner d'arguments au patron d'ArcelorMittal. Que les choses soient claires, Lakshmi Mittal prendra les décisions qu'il veut, mais l'outil de travail est à nous et il le restera. On ne va pas laisser ArcelorMittal faire n'importe quoi. Et si toute la petite bande de menteurs de la direction avait un minimum de dignité, elle démissionnerait en bloc! tonne Édouard Martin, le représentant CFDT au CEE. Le ton est donné.
Et pourrait monter encore d'un cran dès le 24 octobre, date à laquelle le CEE se réunit à Bruxelles pour définir et annoncer la suite du programme.
Manifestations, recours devant les tribunaux… Tout est envisageable, prédit le syndicaliste mosellan, non sans souligner que, comme la Grande Région, l'Europe n'est guère loquace: Barroso (président de la Commission européenne) et ses potes ont également choisi le silence. La bonne attitude si l'on veut d'une Europe sans sidérurgie. C'est oublier un peu vite que la sidérurgie est restée à flot car elle a bénéficié des deniers publics. Et là, on tirerait un trait. C'est tout simplement impensable!
En tout cas, aussi longtemps que l'installation sur le site ArcelorMittal de Florange du projet européen de captage de CO2 Ulcos – dont ArcelorMittal est l'un des partenaires – reste possible. Cela assurerait effectivement un avenir à la sidérurgie... lorraine.
Cela dit, la fermeture de Liège confirme aussi que l'impensable n'est pas impossible.
Et les Grecs?
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