Bonjour de Shanghai
Si Luxembourg a déjà participé à plus de 20 expos universelles depuis le milieu du XIXe siècle, c'est néanmoins la première fois que le pays défend dans ce qui est d'abord une vitrine technologique et économique, un programme culturel. Conséquent et varié. Zoom.
Marie-Anne Lorgé
Elle fermera ses portes dans 3 mois, le 31 octobre 2010, l'Expo universelle de Shanghai, et «le point fort de la participation luxembourgeoise sera l'organisation de la journée nationale le 10 octobre». Jusque là, le pavillon luxembourgeois aura drainé, selon Christian Mosar, commissaire indépendant du programme culturel, «10 à 12% de l'affluence globale journalière». Il s'agit principalement de Chinois – «les habitants de Shanghai bénéficient apparemment d'un laissez-passer, pour les autres, c'est cher, de l'ordre de 20 euros par jour», précise le violoncelliste André Mergenthaler – «qui se ruent prioritairement sur les pavillons européens, curieux de se frotter à d'autres cultures», et sur cette trajectoire, le pavillon luxembourgeois, baptisé «le hérisson» (dixit Greg Lamy, guitariste), «bénéficie d'un emplacement de choix».
Mais bien sûr que son programme – sans rivaliser avec la surenchère technologique du pavillon nippon ni avec la structure arachnéenne en bambou du pavillon espagnol – ne manque pas d'atout.
«On a privilégié le contemporain», dit Mosar, «rien d'historique donc, pas d'arts plastiques non plus – à l'exception des photos de Tomassini (ces photos qui parlent de la famille sont avant tout les fruits de workshops) – mais surtout de l'art performatif – l'architecture du pavillon jumelée à la présence de la "Gëlle Fra" sont suffisamment fortes, inutile de surenchérir –, et de la danse; à Shanghai, la danse contemporaine étonne, le public chinois n'a de toute évidence pas l'habitude de ce genre de spectacle»: chorégraphiés dans les petits plans d'eau qui jouxtent le pavillon, les duos entre la danseuse chinoise Lingxi Li et les cello-loops électroniques du Luxembourgeois André Mergenthaler ont fait un réel tabac.
Du reste, Mergenthaler n'a toujours pas atterri, tout bouleversé qu'il reste de son expérience, du «flux permanent d'un public génial» (qui ne parle pas anglais!) et du fait que «Shanghai est la ville du jazz»; «on sent en permanence la ville, mais on ne la voit pas, ne la visite pas»: d'une rive à l'autre – «Shanghai 2010», au bord du fleuve Huangpu, entre les ponts Lupu et Nanpu, s'étend sur 5,28 km2, ce qui préexistait a été rasé à cheval sur Pudong (rive est du fleuve) et Puxi (rive ouest du fleuve) –, entre les hôtels et l'expo, «tout est distant de 45 minutes, tout se parcourt en taxi... qui ne coûte que 2 euros mais qui ne parle pas anglais non plus»; «le site est incroyablement sécurisé, c'est une véritable forteresse» … divisée en 5 zones, le pavillon de Chine, le plus grand, est en zone A, les pavillons nationaux étrangers, dont l'Europe, sont en zone C.
Sous le thème Better City, Better Life (Meilleure Ville, Meilleure Vie), tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes… Pas de chiffre qui fâche, ni surtout de polémique ouverte.
Alors on danse…
Depuis 1851, Luxembourg a donc participé à plus de 20 expos du genre – Un petit parmi les grands, l'actuelle expo du musée national d'Histoire et d'Art (MNHA) en témoigne jusqu'au 5 septembre – mais c'est la première fois qu'un dense programme culturel s'y échafaude – «75 artistes réunis en 15 projets dont un tiers est désormais accompli» – , au sein d'un pavillon «qui est le plus imposant réalisé par le Luxembourg depuis l'Expo de 1958 à Bruxelles». Pour rappel, conçu par le bureau d'architectes Hermann & Valentiny à partir de matériaux recyclables (acier, verre et bois), le pavillon s'inspire de la traduction du mot «Luxembourg» en chinois, «Lusenbao», signifiant forêt & forteresse et le thème qui lui colle aux basques, Small is beautiful too, reflète une des particularité du Luxembourg, «pays aux cent nationalités» et le fait que «le Grand-Duché a su garder son identité dans ce contexte multiculturel, par un accent délibéré sur les arts contemporains» (Octavie Modert). Nous revoilà donc à la case départ.
Dans la tour du pavillon – où il y a aussi un restaurant et un espace d'information(s) – se projette en boucle Retour de Babel, un magnifique et sensible court métrage de 15 minutes adapté aux besoins de Shanghai, donc surtitré en chinois et reprenant (seulement) 8 des 100 portraits ou itinéraires qui composaient le projet créé en 2007.
Dans le programme culturel tricoté autour de la contemporanéité, de la communication non verbale et de l'échange – si possible durable – entre artistes luxembourgeois et partenaires (artistes ou institutions culturelles) chinois, il faut compter sur Moved, Mutated and Disturbed Identites, le worshop (atelier d'artistes luxembourgeois et chinois) initié par le Casino Luxembourg en juillet 2009 et qui, par effet boomerang, débarque à Shanghai le 26 août pour s'y développer jusqu'au 9 septembre.
Afin d'aplanir ou contrer les obstacles aussi éventuels que divers, 48 personnes gravitent autour du pavillon, épaulées par 12 membres du consulat du Luxembourg à Shanghai sans qui…. rien n'aurait été possible.
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