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La vengeance d'une blonde

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«Crime d'amour» d'Alain Corneau

Dans «Crime d'amour», Alain Corneau s'attarde sur la rivalité qui oppose deux femmes dans les étagessupérieurs de la filiale française d'une multinationale de l'agroalimentaire. Christine (Kristin Scott Thomas) en est la dirigeante et Isabelle (Ludivine Sagnier) est son assistante et complice, d'abord consentante puis de plus en plus rivale


Alain Corneau doit au polar certains de ses films les plus populaires («Le Choix des armes») et les plus réussis («Série noire»). Si l'on peut contester son remake du «Deuxième Souffle» de Jean-Pierre Melville, «Police Python 357» ou «Le Cousin» restent d'excellents souvenirs. Ce qui ne sera guère le cas de «Crime d'amour».

Viviane Thill

Crime d'amour se présente comme une nouvelle variation sur les romans de la «Série noire» (dont l'affiche reprend explicitement les couleurs jaune et noir) et un hommage à des chefs-d'œuvre tels que Beyond a Reasonable Doubt de Fritz Lang (1956) ou Plein Soleil de René Clément (1960), cités par Corneau dans ses interviews. On pourrait y ajouter Witness For The Prosecution de Billy Wilder (1957) ou encore Vertigo d'Alfred Hitchcock (1958), et on se retrouve avec quatre histoires de machinations diaboliques à moult revirements, construites sur le principe «tel est pris qui croyait prendre». Scénaristiquement, Crime d'amour réfère toutefois en premier lieu au film de Lang: un journaliste opposé à la peine de mort s'y fait passer pour un criminel et condamner à la peine capitale avec l'intention de démontrer au dernier moment que la justice s'est trompée. Au centre du film de Corneau se retrouve pareillement un personnage qui fera tout pour s'accuser d'un crime dans la seule intention de prouver par la suite son innocence.

Lutte de pouvoir sans pitié

Avant d'en arriver là, Corneau s'attarde cependant sur la rivalité qui oppose deux femmes dans les étages supérieurs de la filiale française d'une multinationale de l'agro-alimentaire. Christine (Kristin Scott Thomas) en est la dirigeante et Isabelle (Ludivine Sagnier) est son assistante et complice, d'abord consentante puis de plus en plus rivale. L'image froide, presque hyperréaliste, nous emmène d'emblée au-delà de la simple reconstitution d'un milieu social et professionnel. La première séquence, avec ses références directes à la fois à certains films érotiques (une situation professionnelle risque de basculer dans l'intime) et au théâtre de boulevard (le surgissement impromptu de l'amant dans l'appartement), n'est pas sans rappeler les meilleurs films de Bertrand Blier. Avec son chignon sévère, la blonde Isabelle fait écho à Kim Novak dans Vertigo. Mais le film de Corneau peinera à tenir les promesses de cette ouverture intrigante.

Ce qui se joue ici est une lutte de pouvoir sans pitié entre deux femmes sous le regard de deux hommes. Philippe, l'amant (Patrick Mille), servira d'objet sexuel et de proie, tandis que Daniel, le fidèle secrétaire (Guillaume Marquet), est un personnage plus impénétrable. Le retournement de la situation habituelle (le jeu de rivalité des hommes face à des femmes subalternes) ne donne cependant pas lieu à un film féministe, la seule femme heureuse (enviée par Isabelle, désolée de ne «pas être faite» pour cela) et l'un des rares personnages véritablement positifs du film étant celle qui a un mari et un enfant. On pourrait en conclure que la place des femmes n'est décidément pas dans les rangs supérieurs d'une entreprise, même si Christine et Isabelle y semblent parfaitement à l'aise.
Ce n'est que quand Isabelle se rend compte que Christine s'approprie ses propres succès pour monter l'échelle hiérarchique qu'elle commence à ruer dans les brancards. Cette première partie, si elle n'est guère passionnante car trop conventionnelle et sans réelle inventivité, est néanmoins plaisante à suivre, Kristin Scott Thomas jouant la méchante avec un plaisir communicatif.

Une séance d'humiliation publique, très exagérée et du coup pas très crédible, donne à Isabelle la raison qu'il lui fallait pour se venger de Christine d'une manière plus définitive. Mais comment s'en débarrasser sans être immédiatement suspectée ?

À partir de là, Alain Corneau semble vouloir nous entraîner dans un récit constitué de fausses pistes, de révélations inattendues et de revirements surprenants. Le problème est que le spectateur n'est jamais surpris parce que le réalisateur (et scénariste, avec Natalie Cartier) lui laisse toujours trois longueurs d'avance. La principale et fatale faiblesse du film, notamment de cette deuxième partie, tient en effet au scénario. Car si l'on ne voit pas tout de suite ce que manigance Isabelle, on comprend très vite où elle veut en venir. La manière dont elle y arrive n'est dès lors pas d'un grand intérêt, et pourtant Corneau – tout fier de la mécanique de son scénario – prend toute la dernière partie du film pour nous l'expliquer en détail, à l'aide de flash-backs totalement superflus qui paraissent terriblement désuets et d'autant plus ridicules que beaucoup de situations manquent de crédibilité. Enfin, le revirement final tombe à l'eau puisqu'il était lui aussi attendu.

On a presque l'impression qu'Alain Corneau, au lieu de construire une histoire de machination qui fonctionne, a voulu jouer sur les connaissances cinématographiques du spectateur, mais il n'a pas pris en compte cette réalité: ce genre d'histoires a été fait et refait d'innombrables fois au cinéma et à la télévision depuis les années 50, et, au lieu d'augmenter le plaisir du spectateur, la connaissance qu'il a des ficelles de ce genre de récits le lui gâche. 

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