Question de fibres... humaines et végétales
Bettina Scholl-Sabbatini, «Coquitie tourbillon», 2009
À la 12e Biennale d'architecture de Venise: l'Atelier Rwanda et... Bettina Sabbatini
Côté face, le collectif KadapaK, choisi par la Fondarch, représente le Luxembourg à Venise. Mais côté pile, un autre projet mérite un coup de projecteur, c'est un projet solidaire et de développement durable né en 2009 dans... une coquille. Une belle histoire.
Marie-Anne Lorgé
À Venise, le pavillon luxembourgeois est installé dans la Ca'del Duca sur le canal Grande, c'est là, pour la quatrième fois, commanditée par le ministère de la Culture, que la Fondation de l'architecture et de l'ingénierie (Fondarch) promeut un projet, en l'occurrence celui du groupe transfrontalier KadapaK, qui tire son nom du carton-mousse utilisé dans la fabrication des maquettes: intitulé pierre-papier-ciseaux (rock paper scissors), ce projet éminemment sensible, présenté dans Le Jeudi du 29 juillet (en page 22), sera inauguré à la Ca' del Duca le 27 août (voir encadré).
Au même moment, au Campo Santo Stefano, tout sera dévoilé de l'expo «Tradition et innovation en matière de de-sign végétal», un fabuleux programme, fruit de la première année d'activités de «l'Atelier Rwanda», lequel «atelier», réunissant les efforts conjugués de l'Université de Design de Venise (IUAV) et du «KIST» (Kigali Institute of Science and Technology), est né d'une initiative luxembourgeoise, celle de Bettina Scholl-Sabbatini, artiste sculpteur mais également membre du Soroptimist Luxembourg, organisation (club service) à qui l'on doit la construction d'un village pour 20 veuves et 100 orphelins, victimes du génocide, près de Kigali.
Le hasard faisant souvent bien les choses, Bettina eut l'idée un beau jour de 2009 de parler de la fine vannerie rwandaise – petits paniers typiques coiffés d'un cône fabriqués par les femmes du Rwanda – au professeur Gaddo Morpurgo, de l'IUAV, lequel imagina non seulement une première déclinaison des rudimentaires paniers sous forme de bijoux, mais de bâtir un centre de formation au Rwanda, permettant ainsi aux autochtones, aux femmes surtout, de participer au développement de leur savoir-faire artisanal et à sa commercialisation. Le «centre» s'est donc installé dans le village Soroptimist près de Kigali et a tout simplement opté pour l'appellation «Centre de formation San Marco à Kigali».
Le monde est un village
Dans la foulée, Gaddo le professeur s'est intéressé aux travaux du KIST, aux dérivés graphiques, sculpturaux et architecturaux de la fibre végétale, à savoir du bambou et surtout de la feuille de banane. Jointe à l'observation de la nature, la fibre bananière a généré une poétique première série d'esquisses ou de plans épousant les courbes des insectes et des ailes de papillons, puis, complexification des recherches aidant, la fibre s'est transformée en matériau (bloc) d'isolation; enfin, de la brique à l'élaboration d'un habitat, le pas qui restait à franchir a vite été franchi, du moins à l'état de maquette(s).
«Atelier Rwanda», c'est donc tout cela, une aventure à la fois humaine et technologique, un flux et reflux d'échanges personnels et scientifiques, une chaîne qui prend source dans un engagement individuel et qui, transitant par le design considéré comme un instrument, aboutit à une démonstration de développement durable appliqué à une architecture de taille citoyenne (et dont le modèle répond à un problème mondial).
La place de «l'Atelier Rwanda» au sein de la 12e Biennale de Venise (à l'Entrepôt Ligabue précisément, voir encadré) est donc légitime, tout comme la présence des œuvres sculptées de Bettina Scholl-Sabbatini, la fée par qui tout est arrivé – patronnée par le ministère luxembourgeois de la Culture, une monographie accompagne les coques et coquilles de Bettina (voir encadré).
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