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Fortis de nouveau dans l'incertitude

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La question de l'avenir de Fortis se pose avec acuité. La BGL semble mieux armée pour éviter les remous de la tempête à venir. Marc Fassone

La question de l'avenir de Fortis se pose avec acuité. La BGL semble mieux armée pour éviter les remous de la tempête à venir.

Marc Fassone

C'était houleux. Et serré. Mais à 50,26%, les actionnaires belges de Fortis ont refusé la cession à l'État belge, préalable à la vente de 75% de la banque à BNP Paribas. Sur laquelle donc le Conseil d'administration n'a pas eu à faire procéder au vote.
BNP Paribas voit s'échapper la perspective de devenir la première banque de dépôt de la zone euro.
Mais était-ce encore une priorité? Les recapitalisations opérées avec le concours de l'État français lui permettent de subvenir à ses besoins de liquidités. Et la banque française se trouve dégagée de la contrainte de financer Fortis – dont le déficit pour 2008 devrait atteindre 25 milliards d'euros – et de reprendre une partie de ses actifs toxiques. Une chance? Est-ce Fortis qui échappe à BNP Paribas où l'inverse...
La banque française aura-t-elle la volonté de reprendre de zéro le processus d'acquisition? Elle réfléchit et se refuse pour l'instant à tout commentaire.
Mais son directeur général, Baudoin Prot, avait prévenu – menacé? – avant l'Assemblée générale que son groupe se retirerait si les choses ne se débloquaient pas rapidement.
L'assemblée générale a également dit non à la nationalisation des principales activités aux Pays-Bas par l'État néerlandais. Seuls 42,99% des actionnaires présents ou représentés ont voté pour cette opération.
Le vote des actionnaires de Fortis à Bruxelles contre la nationalisation par l'État néerlandais des activités du groupe aux Pays-Bas ne porte pas atteinte à la validité de l'opération, a affirmé immédiatement le ministère néerlandais des Finances.

retour au juge

La situation risque de devenir problématique pour le gouvernement belge. Le ministre des Finances, Didier Reynders, avait fait part avant le vote de ses craintes pour les finances publiques de son pays en cas de rejet du plan de sauvetage.
Car si les clients paniquent et retirent leurs avoirs des coffres de Fortis, le gouvernement devra de nouveau venir au secours de la banque.
La situation risque aussi de se dégrader pour les actionnaires si les clients paniquent face à l'incertitude dans laquelle est de nouveau plongée Fortis. Que vaudra demain la banque, dont le cours a été suspendu ce mercredi 11 février? Personne ne se hasarde au moindre pronostic.
Et au final, que va t-elle devenir? Le rêve de grand pôle de bancassurance belge regroupant Fortis, Dexia et Ethias, qui sous-tendait l'action des actionnaires minoritaires représentés par l'avocat Mischaël Modrikamen est-il viable? Il faudrait que les actionnaires en aient la volonté.
Or, il faut noter que seulement 20,32% du capital étaient représentés. Et que donc le plan de sauvetage n'a été rejeté que par un peu plus de 10% des actionnaires, dont l'assureur chinois Ping An, qui détient près de 5% des actions et qui avait récemment rejoint le camp des petits porteurs opposés à l'opération.
Un refus épidermique et sûrement pas un projet industriel.
Autre écueil, les transactions découlant des accords d'octobre – les nationalisations en Belgique et aux Pays-Bas – ne pourraient être dénouées que moyennant l'accord des parties ou par une décision judiciaire au fond déclarant nulles ces opérations, avait indiqué Fortis avant l'assemblée générale.
Un second round judiciaire est donc possible dans lequel Belgique, Pays-Bas et BNP Paribas pourraient obtenir des dommages et intérêts pour la non-exécution des accords d'octobre.
En Belgique, l'affaire est loin d'être terminée. Et elle rebondira sur le terrain politique, la notion de belgitude au fond du cœur.
Toutes ces questions devraient finalement n'avoir que peu d'impact sur la BGL et sur ses clients.

loin du tumulte

À la place d'avoir un actionnaire majoritaire fort capable d'assurer son développement, BNP Paribas, elle se trouve actuellement avec un actionnaire plus qu'affaibli, Fortis Banque Belgique. Mais bénéficie du soutien de l'État luxembourgeois, qui détient 49,9% des actions.
Une situation qui pourrait être transitoire car le gouvernement luxembourgeois caresse toujours le projet d'adosser la BGL à BNP Paribas, avec qui Jean-Claude Juncker a conversé ce jour. La banque française semble toujours intéressée par la BGL, selon Luc Frieden.
Qui dit regretter le vote mais pour qui la présence de l'État dans le capital de la BGL n'est pas remise en cause. Et nous y resterons aussi longtemps que nécessaire.
Pour le ministre, le principal est de préserver l'épargne des gens.
Carlo Thill, le président du comité de direction de la BGL, s'est dit déçu de ne pouvoir travailler avec BNP Paribas, tout en n'écartant pas non plus cette possibilité.
Et d'affirmer que celan'empêchera pas sa banque de travailler et de se développer.


HISTORIQUE

Le 3 octobre dernier, alors qu'un plan de recapitalisation avait été bouclé le week-end précédent par les États du Benelux, les Pays-Bas nationalisaient l'essentiel des activités néerlandaises de Fortis pour 16,8 milliards d'euros. Contraint, l'État belge faisait de même deux jours plus tard en prévoyant la reprise à 75% de Fortis Banque Belgique par BNP Paribas, qui aurait également acquis Fortis Assurances ainsi qu'une part du portefeuille d'actifs à risques. Une opération évaluée à 11,4 milliards d'euros.
L'État luxembourgeois, pour sa part, entrait à hauteur de 49,9% dans le capital de Fortis Banque Luxembourg, qui reprenait son nom historique de BGL, le reste du capital appartenant à l'État belge.
L'objectif étant de préparer l'entrée de BNP Paribas dans le capital de la BGL afin d'adosser celle-ci à un groupe international.

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