Home | Forum | Horizons: L'autre monde possible

Horizons: L'autre monde possible

Taille de la police: Decrease font Enlarge font
image

Le Forum social mondial (FSM) qui s'est achevé à Belem, au Brésil, le 1er février, a reconfirmé qu'un autre monde est possible. Il serait maintenant temps qu'il dessine clairement les contours universels de ce monde-là. David Broman

Le Forum social mondial (FSM) qui s'est achevé à Belem, au Brésil, le 1er février, a reconfirmé qu'un autre monde est possible. Il serait maintenant temps qu'il dessine clairement les contours universels de ce monde-là.

David Broman

Cent trente-trois mille personnes de cent quarante-deux pays, cinq mille huit cents associations de la société civile organisant plus de deux mille ateliers – tous regroupés autour du refus d'un monde caricatural, destructeur, programmé pour enrichir les riches et appauvrir les pauvres, tous unis autour de l'espoir d'un monde solidaire, durable, social et convivial... Le Forum social mondial mondialise l'espoir depuis 2001. Cela mérite un rapide coup d'œil sur quelques déclarations issues des diverses assemblées de la cuvée 2009.
«Nous devons œuvrer vers une société qui rencontre les besoins sociaux et respecte les droits de la nature et supporte la participation démocratique dans un contexte de pleine liberté politique.»
Pour y arriver, il s'agit de se mobiliser: «Nationaliser le secteur bancaire sans compensations et avec un suivi social plein; réduire le temps de travail sans baisse de salaire; prendre des dispositions qui garantissent l'autonomie alimentaire et énergétique; mettre fin aux guerres (...); reconnaître le droit à la souveraineté et à l'autonomie des peuples (...); garantir les droits à la terre, au territoire, au travail, à l'éducation et à la santé pour tous; démocratiser l'accès aux moyens de communication et de connaissance.»
Dans le domaine «Science et démocratie»: «(...) 9. Nous soutenons le principe selon lequel la préservation de la vie humaine est une valeur centrale de la pratique scientifique et nous lançons un appel à la communauté des sciences et technologies (S&T) de ne pas s'engager dans des recherches qui sont utilisées à des fins militaires (...); 10. Il y a un besoin majeur à promouvoir la demande et l'implication du peuple afin d'exercer un contrôle démocratique sur les politiques de recherche et d'innovation (...).»
À lire les commentaires des participants, on constate quelques propositions de base répétées à travers les centaines de discussions démontrant une sorte d'accord par acclamation pour «un New Deal vert», pour une taxe Tobin sur les mouvements de capitaux, pour prendre la Banque du Sud comme modèle, pour l'autonomie alimentaire et la participation active de tous à la gestion locale...
Il est évident que la faillite du capitalisme fut constatée et accueillie avec à la fois crainte et soulagement, de façon soutenue dans tous les forums et à tous les niveaux.
Malgré ce succès, il est difficile de s'en satisfaire. Cela fait penser plutôt à un enfant doué dans tout ce qu'il fait, par facilité, tout juste la moyenne à l'école et qui s'attend à ce que son entourage soit content. Le FSM aurait pu mieux faire.
Certes, des rendez-vous ont été pris comme la Semaine d'action globale contre le capitalisme et la guerre (du 28 mars au 4 avril), la Journée de mobilisation de lutte pour la Mère Terre, contre la colonisation et la marchandisation de la vie (12 octobre), sans parler des stratégies de résistance contre les divers «G» et les négociations au sein de l'Organisation mondiale du commerce.

Arrière-goût

Mais il reste un arrière-goût amer de pas assez. Si un autre monde est possible, il devrait être aussi possible de commencer à en dessiner sérieusement et clairement les contours.
C'est que, en se contentant de grande déclarations sur la nécessité de la mondialisation d'une économie solidaire et de la justice humaniste dans tous les domaines de l'activité humaine, le FSM renvoie chacun chez soi sans indications sur la façon d'y parvenir. Une fois arrivé chez soi, chacun refait son petit forum social mondial dans son petit coin. En boucle. Entre-temps, le système que l'on rejette fait participer chacun à la facture de sa faillite et – pire! – de sa relance.
Si, comme l'affirme le Brésilien Chico Whitaker, un des fondateurs du Forum, cité dans Le Monde, «l'autre monde auquel nous croyons se construira dans la diversité», la transition vers cet autre monde ne se fera pas tant que ne sont pas clairement énoncés les principes universels communs à cette diversité.
Où d'autre qu'au Forum social mondial pourrait-on mieux dessiner les contours communs d'une alter-durabilité? Où d'autre pourrait-on mieux établir la grande feuille de route de cette alter-durabilité avec les grands caps à se donner pour que les gouvernements, les régions, les localités, les familles et les individus ne doivent plus refaire leur propre forum social mondial avant d'entreprendre une initiative pour réduire leur empreinte écologique?
Le FSM est l'endroit par excellence où l'on constate que l'alter-durabilité, au-dessus des diversités, est régie par de grands principes universels, par exemple l'absolue soumission de l'économie aux besoins élémentaires de tous, la soumission de la gestion des biens communs à une gouvernance commune, internationale, nationale ou locale, ne cherchant qu'un bénéfice social, la définition de l'argent, de la biomasse, et du sol (et de ses ressources), comme biens communs, la détaxation du travail et la taxation de la propriété privée, la nécessité de planifier les transitions en intégrant les choix dans un système d'évaluation référencé aux besoins élémentaires des générations futures...
Une telle feuille de route ne tuerait pas la diversité, pas plus qu'une forme littéraire ne tue les narrateurs. Bien au contraire.
Les autres mondes ne deviendront réellement possibles que si l'on nous y guide. Le Forum social mondial dispose de toutes les capacités nécessaires pour incarner ce guide.

Ajouter à: Facebook | Twitter | Add to your del.icio.us | Digg this story

Subscribe to comments feed Commentaires (0 posté):

total: | Affiché:

Postez votre commentaire comment

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:......

  • email Envoyer par email à un ami
  • print Version imprimable
  • Plain text Texte complet

Une guerre est une guerre

image
Aucune guerre n'est belle, parce qu'elle transforme l'être humain en tueur professionnel. Celle qui se déroule loin de nos yeux, en Afghanistan, n'échappe pas à cette règle.
Tout l'article