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Impasse politique sur fond de retrait américain

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On l'a un peu oublié: depuis le 7 mars dernier, Bagdad n'a plus de gouvernement. Les tractations post-électorales sont difficiles, puisque sunnites et chiites se tournent le dos et qu'au sein même du chiisme le torchon brûle. Cependant, les États-Unis retireront l'ensemble de leurs troupes, le 1er septembre, livrant la population à son sort.


Jean Portante

De temps en temps, un attentat meurtrier vient rappeler que le bourbier irakien n'a pas disparu de la carte géostratégique du monde. Comme celui de ces jours-ci, perpétré par la section locale d'al-Qaida, qui a coûté la vie à plus de soixante anciens miliciens étant passés du côté des troupes gouvernementales. Un kamikaze les a surpris, alors qu'ils touchaient leur solde. Le symbole est criant. Cela a rappelé au monde que la guerre est loin d'être finie, même si l'armada étrangère prépare son désengagement.
Les Unes des journaux ne parlent donc plus guère de l'Irak. D'autres foyers d'instabilité se sont imposés depuis l'invasion du pays, le 20 mars 2003, et la chute du régime de Saddam Hussein. Il y a l'Afghanistan, l'Iran, le Pakistan, sans oublier le conflit israélo-palestinien qui s'éternise. Or, rien n'est réglé en Irak. Et, chose nouvelle, à Bagdad il n'y a même pas de gouvernement, depuis les élections législatives du 7 mars, les différents partis n'arrivant pas à se mettre d'accord sur sa composition. Le nouveau parlement, quant à lui, inauguré le 14 juin dernier, avait, selon la Constitution, quatre semaines pour désigner son président. Las, les différentes formations politiques n'ont pas trouvé d'entente, et les choses risquent de traîner encore.

Livré à lui-même

La liste chiite d'Al-Maliki, le Premier ministre sortant, n'est, on le sait arrivée qu'en deuxième position aux dernières législatives. Mais depuis, le chef du gouvernement a réussi à obtenir de la commission électorale un nouveau comptage des voix dans l'ensemble des bureaux de vote de la province de Bagdad, ce qui pourrait lui permettre de combler son retard – de deux sièges seulement – sur la liste d'Iyad Allaoui, chiite laïc qui a rassemblé autour de son nom la minorité sunnite, exclue du processus politique depuis la chute du régime de Saddam Hussein.
Allaoui, tirait, jusqu'à aujourd'hui sa légitimité du fait d'être sorti vainqueur du scrutin. Écarté de la course par l'ensemble de la communauté chiite qui, outre le parti d'Al-Maliki compte également le Conseil suprême islamique, sans oublier le sulfureux Moqtada Al-Sadr qui, avec ses milices radicales, avait mis le pays à feu et à sang il n'y a pas si longtemps, Allaoui crie au scandale. Les sunnites, lésés, dépossédés de leur fragile victoire électorale, menacent même de rallumer la guerre inter-confessionnelle qui, on s'en souvient, a fait des dizaines de milliers de morts il y a quelques années.
On ne voit donc pas comment le pays arriverait à sortir de l'impasse. D'autant que les Kurdes, la troisième composante de la population de l'Irak, n'accepteraient pas d'être exclus de la direction du pays. La situation se complique au sein même du mouvement chiite. Alors qu'Al-Maliki se verrait bien se succéder à lui-même à la tête du gouvernement, les sadristes ainsi que le Conseil suprême islamique ont fait valoir qu'ils s'y opposeraient.
Une telle lutte pour le pouvoir fragilise, bien entendu, l'espoir né des élections législatives de ce printemps et de l'apaisement relatif de la situation sur le front militaire. Les États-Unis, on le sait, avaient misé sur l'intégration d'anciens miliciens ennemis, des sunnites en grande partie, dans le processus de reconstruction et de pacification du pays, et leur stratégie a été marquée de quelques succès. Or, le gouvernement sortant avait promis qu'une grande partie de ceux qui retourneraient leurs armes contre les insurgés pourraient être intégrés dans l'armée ou la police régulières qui peu à peu remplacent l'occupant américain sur les différents fronts. La aussi, les choses traînent. Ce qui ouvre une brèche dans laquelle, à force d'attentats suicides, al-Qaida tente de punir quiconque fricoterait avec l'ennemi.
Dans quelques semaines, le 1er septembre donc, les États-Unis auront retiré l'ensemble de leurs troupes de combat du pays. Et, même si, après ce départ, cinquante mille hommes resteront sur place, le scénario qui se dessine est celui d'un Irak livré à lui-même. Le cas idéal, celui qu'on espérait à Washington, était celui d'un pays dirigé par un gouvernement d'union nationale où chiites, sunnites et Kurdes auraient leur place. Tout indique qu'il n'en sera rien. La prochaine équipe gouvernementale, avec ou sans Al-Maliki à sa tête, sera sans doute exclusivement chiite.
À Téhéran on s'en réjouit déjà. Et Washington semble s'être résigné à l'accepter. Sur place, cependant, en l'absence de troupes de combat américaines, il est fort à parier que ni les Kurdes ni les sunnites ne se laisseront déposséder facilement du pouvoir. Ce qui signifie ni plus ni moins que l'Irak de l'après-retrait américain restera la poudrière du Moyen-Orient. 

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