Ignobles politiques
Sarkozy, paraphrasant le célèbre slogan de Vichy: «La nationalité française se mérite; il faut pouvoir s'en montrer digne»
Pris dans les filets de la dictature économique, les présidents Obama et Sarkozy sont en panne de «résultats». Le premier transforme l'enseignement en une vulgaire course aux subsides, le second évoque une nationalité à deux vitesses. Un mot décrit les deux politiques: ignoble.
David Broman
Obama, échouant lamentablement dans sa guerre en Afghanistan, est parti à la recherche de résultats, de bons résultats, d'excellents résultats même.
Il enfourche donc son cheval de bataille de la «réforme de l'enseignement».
Régie par une loi qui ne pouvait définir rien d'autre – ignoblement intitulée «Race to the Top» (que l'on peut traduire par «la course au sommet», si on prend l'acception «course» du mot anglais «race»), l'excellence des résultats ne peut être contestée, puisque la qualité du «sommet» ne peut être, par définition, qu'excellente – cqfd.
De la bouche même du président: «Même si nous applaudissons les enseignants pour leur dur labeur, nous devons nous assurer de voir des résultats en classe. Si nous ne voyons pas de résultats en classe, travaillons avec les enseignants pour les aider à être plus efficaces. Si cela ne marche pas, trouvons l'enseignant adéquat pour cette classe.» Et de lancer des expressions du genre «high standards» (des niveaux élevés de qualité), «higher standards» (des niveaux plus élevés de qualité), «excellence», «performance»... bref on est dans la projection la plus puissante de tout ce que lui-même n'arrive pas à atteindre en tant que commandant en chef des armées.
Cette «course au sommet» fait miroiter un fonds au-dessus de la tête des établissements scolaires du primaire et du secondaire, met les États en compétition pour «toucher» de ce fonds, conventionne les écoles qui se soumettent aux «normes d'excellence» exprimées dans des «tests qui mesurent correctement si les élèves apprennent», et pousse au licenciement des enseignants – et à la fermeture des écoles – dont les élèves ne se montrent pas à la hauteur.
S'inscrivant de fait dans la continuité de la loi de George W. Bush «No Child Left Behind» («aucun enfant laissé pour compte»), Obama fustige ces critiques (qui proviennent d'un large spectre de la société civile, des parents aux enseignants, en passant par les associations de défense des droits civiques) en leur reprochant de se laisser aller à «une résistance générale au changement».
Course, évaluations, normes d'excellence, licenciement de personnel, fermeture d'établissements... ça sent la privatisation. En effet, car en démantelant la profession d'enseignant, en «conventionnant» davantage d'établissements publics, en poussant à davantage d'indifférence aux besoins et aspirations des citoyens, il devient clair que cette «course vers le sommet» résultera en une gigantesque opération de privatisation de l'enseignement. Et qui dit privatisation d'un service public, dit démission démocratique de l'État...
«Véritable Guerre»
Pendant que le commandant en chef des armées américaines s'est lancé dans une guerre sans merci contre quelques enseignants inefficaces, le premier flic de France, de son côté, a déclaré la guerre à la délinquance d'origine «française étrangère» et à la criminalité des «gens du voyage», bref contre ce qu'il appelle «la criminalité». Réécoutons le président Sarkozy lors de son «discours de Grenoble», ou plutôt «Gre-ignoble»: «Le gouvernement mène une lutte implacable contre la criminalité. C'est une véritable guerre que nous allons livrer aux trafiquants et délinquants.» Guerre? Contre qui? Quelques dizaines de personnes en tout. La aussi, c'est gagné d'avance, d'ailleurs, puisque l'arme ultime c'est la déchéance de la nationalité, sorte de condamnation à mort symbolique... en tout cas il s'agit d'une démission démocratique des plus faciles. Sarkozy: «La nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un policier, d'un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l'autorité publique.» Quel courage! Le président lance l'appareil de l'État, militaires, policiers, préfets, députés et sénateurs, dans une lutte sans merci contre une poignée de personnes par an, chez qui il y a eu «un problème de transmission des valeurs de la culture française» – culture française qui a, rappelons-le, il y a à peine deux ans, glorifié en grande pompe la merveilleuse aventure Mesrine.
Imaginons... deux «criminels» associés, tous deux français... ils abattent un flic, froidement, d'une balle dans le dos... voilà qu'au moment de les condamner, on se rend compte que l'un a des parents «étrangers» et hop! on lui retire sa nationalité, car, dixit le président premier flic de France, paraphrasant le célèbre slogan du gouvernement de Vichy, «la nationalité française se mérite; il faut pouvoir s'en montrer digne». L'autre criminel, à qui on a pas retiré la nationalité, s'en est montré digne, lui, car ses parents sont «français».
Comme d'habitude pour ce genre d'opération, tout l'appareil présidentiel démarre au quart de tour... Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur propose déjà d'élargir la mesure de déchéance aux «cas d'excision, de traite d'être humain ou d'actes de délinquance grave». «Actes de délinquance grave»... vous avez bien lu. Imprécision ignoble s'il en est.
Le député Éric Ciotti, «monsieur sécurité» de l'UMP, à ce que l'on dit, y va de sa proposition de loi: «Est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30.000 euros d'amende, le fait par le père ou la mère de laisser son enfant mineur... violer les interdictions et les obligations auxquelles il est soumis.» On ne dit pas ce qu'il adviendra de l'enfant lorsque ses parents se retrouveront derrière les barreaux avec 30.000 euros de dettes. Il trouvera sans doute une «famille» dans son quartier... On ne veut pas le savoir. L'important est ailleurs...
L'important c'est la «transmission des valeurs françaises», plus précisément, la stigmatisation des minorités et la violation des lois fondamentales. Les dispositions proposées par le président violent en effet la constitution dont il est le garant. Sarkozy, gérant la France au Kärcher en bon premier flic, refuse d'être le président de tous les français, stigmatise les minorités, crée des français de seconde classe à qui il montre l'exemple: faites comme moi, je fais comme vous: violons la loi ensemble... Il est un fait que sans ces criminels sous-français, Sarkozy serait sans munitions en 2012 face à la frange manipulable des électeurs de l'extrême droite, qui l'ont, en bout d'analyse, porté au pouvoir.
Obama, Sarkozy... chacun dans son coin et à sa façon, fait dériver la démocratie.
Une guerre est une guerre
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