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«Une heure, et tout a basculé»

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Le «Little Tibet» du nord de l'Inde sous 10 m de boue



Le Ladakh, à l'extrême nord de l'Inde, est la région la plus haute du monde. Traditionnelle terre d'accueil de réfugiés tibétains, elle a connu ces dernières années un bel essor économique. L'Américain Josh Schrei, membre du Réseau international de soutien au Tibet (ITSN), s'y trouvait le 5 août dernier lorsque, en une heure, la région fut anéantie par des torrents de boue... Il témoigne dans une lettre datée du 13 août.

Traduction par David Broman

«J'écris ceci depuis la ville de Leh, où une seule nuit de coulées de boue et d'inondations a causé une immense dévastation à travers la région du Ladakh. Alors que les médias ont assez complètement rendu compte de la situation, il est impossible de saisir l'étendue de la destruction, car il s'agit ici d'une vaste région et aucune ville ni village n'a été épargné. Quand le décompte sera terminé, le nombre de morts dépassera le millier. Les conséquences sur l'avenir du Ladakh – étant donné l'étendue de la destruction – sont inimaginables. Je n'ai jamais vu une chose pareille, et je ne m'attendais certainement pas à cela lorsque j'ai décidé de venir ici cet été pour la première fois.

[...] Je suis revenu de Pangong à Leh pour assister à un événement plutôt inhabituel. Il y pleuvait, alors que cela n'arrive pour ainsi dire jamais. Le Ladakh est un désert, d'une sécheresse absolue et sans végétation, la luxuriance des vallées des rivières n'étant nourrie que par la fonte des neiges dans l'Himalaya. Le climat de moussons du sous-continent indien est bloqué par le vaste mur de montagnes au sud. On n'y a pratiquement jamais vu de succession de jours de pluie.

[...] Cette nuit du 5 août, j'étais en train de dîner avec un groupe de voyageurs indiens [...] [lorsque] le crachin qui tombait régulièrement depuis une heure environ se transforma subitement en un déluge total.

[...] En une heure, la région du Ladakh s'est trouvée à jamais changée... Chaque vallée de la chaîne du Ladakh de l'Himalaya a vu de hautes montagnes se détacher et glisser. Tragiquement, on a construit au Ladakh de sorte que chaque village est situé dans une vallée de rivière sur des terres créées par la fonte des neiges. Des gens habitent sous ces montagnes qui se détachent.

Le lendemain matin, j'avais appris du propriétaire de la maison où j'étais logé qu'il avait eu à la gare routière "un problème" dû à la pluie... En m'y rendant, je perçus des rumeurs sur l'ampleur réelle du dit "problème". Une personne rencontrée en route affirma que la gare routière de Leh était "partie".

«De beaux souvenirs»

Oui, la gare était partie. Une énorme rivière de boue et de roche avait traversé brutalement le centre de Leh, déchirant les maisons, détruisant les magasins, nivelant les structures bâties. Les autobus avaient été projetés en l'air comme des jouets, s'empilant contre les bâtiments, ou restant coincés sous des camions, écrasés et tordus en des formes invraisemblables. Alors que je marchais le long de la traînée de boue, je me rendis compte qu'il s'agissait de plus que la gare routière. La cascade de boue s'étendait sur toute la vallée, sur près de 4 km, voire plus, et la majeure partie basse de Leh était, disons, tout simplement une ruine. J'ai vu une cour de récréation ensevelie sous deux mètres de boue, les anneaux de basket dépassant tout juste le niveau de la boue. J'ai vu des vaches boursouflées éparpillées, et un âne solitaire, errant à travers cette désolation... Et, oui, j'ai vu des corps. Ils s'alignaient rapidement dans l'hôpital de Leh. Des bulldozers sortaient de monceaux et de monceaux de boue des victimes aux membres écartelés.

Le premier jour, alors que j'aidais à vider les maisons et que des gens se mettaient en rang afin de dégager les décombres de leurs magasins et maisons, des rumeurs de l'extérieur se mirent à affluer. D'autres bourgades avaient été touchées: Shabu, Phyang, Shey, Neemu, Choglamsar (à quelques kilomètres de Leh, où se trouvait une communauté réfugiée tibétaine). J'ai demandé des informations sur Choglamsar. On m'a répondu que le village était "terminé".

[...] [Quelques jours plus tard] Je suis allé à Choglamsar, où une autre rivière de boue et de roche avait glissé de la montagne et avait poursuivi son chemin sur la route principale, causant une dévastation invraisemblable. À l'heure où j'écris, cinq cents personnes sont encore portées disparues uniquement à Choglamsar. J'ai cherché les parents d'un ami, heureux que j'étais de les retrouver sains et saufs. [...] J'ai ensuite aidé à vider la maison en ruine d'un homme, piochant dans les décombres une heure durant pour en fin de compte trouver une petite boîte en étain ayant "survécu" sous la boue et les briques. [...] Elle s'est ouverte, renversant son précieux contenu. Au-dessus, un petit album photos, avec [...] ces mots: "De beaux souvenirs".

Depuis des jours, j'avais vu des rivières de destruction, j'avais vu des corps de femmes et d'enfants, j'avais vu des gens pleurant leurs proches disparus... mais il se passait quelque chose à la vue de cet album photos, quelque chose pendant que j'aidais cet homme à dégager la boue et la brique de cette petite maison, pour ne sauver que ce petit livre de «beaux souvenirs»... Je me suis finalement mis à pleurer.

Hier, je suis allé à Phyang, où [...] j'aurais [pu] passer la nuit du déluge... La moitié du village était parfaitement intacte, et bizarrement tranquille, les vaches broutant encore, les champs d'orge brillant au soleil. L'autre moitié était... partie. Il n'y en avait tout simplement plus de trace... tout avait été avalé sous un mur de 10 m de boue et de roche. Comme nous nous mîmes à la rude tâche de "déterrer" les corps, je ne pouvais que me demander... Pourquoi avais-je décidé de ne pas venir ici cette nuit-là?

[...] En une heure, toute une région peut basculer, l'avenir de tout un peuple peut être à jamais transformé... Je ne peux pas exagérer la description de l'ampleur de la désolation... [...] Le peuple du Ladakh va être occupé à reconstruire pour très longtemps...» 


APPEL

L'ONG Les Amis du Tibet Luxembourg (
www.amis-tibet.lu) lance un appel à dons pour les sinistrés du Ladakh, suite aux pluies et coulées de boue survenues durant la nuit du 5 au 6 août. Plusieurs camps de réfugiés tibétains ont été totalement détruits, les survivants se retrouvent démunis de tout. Selon l'ONG, on y compte plusieurs centaines de morts, 800disparus, 500blessés et des milliers de sans-abri, et le bilan semble s'alourdir de jour en jour. Les dons sont à envoyer à:

Les Amis du Tibet, Luxembourg
CCP IBAN LU27 1111 1234 5672 0000, BIC CCPLLULL
Communication : DON URGENCE LADAKH.
L'ONG garantit que 100% des dons seront affectés directement à l'aide aux sinistrés.

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David Broman sur 2010-10-06 17:39:12
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Mille mercis pour cette précision!
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D Dufau sur 2010-09-20 11:40:30
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Je voudrais préciser qu'en fait, depuis une dizaine d'années, la pluie est de plus en plus présente au Ladakh (et même plusieurs jours de suite), et notamment pendant la première semaine d'août, causant de nombreux problèmes dans la vallée de l'Indus - phénomène que j'observe tous les ans, me rendant régulièrement en Himachal et au Ladakh depuis 1998. Ce n'est donc pas un phénomène isolé, mais bien sûr les conséquences des orages de cette année ont été exceptionnellement dramatiques.
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