Politique / Comme lionne en cage
Un Roude Leiw enceinte, aux couleurs du gouvernement, pour clamer «Si je veux!». Derrière la provoc, les revendications. Laurence Harf
Un Roude Leiw enceinte, aux couleurs du gouvernement, pour clamer «Si je veux!». Derrière la provoc, les revendications.
Laurence Harf
Il y a trente ans était crée le Planning familial, pour l'information et l'éducation sexuelle et pour éradiquer les avortements clandestins. Une génération plus tard, il est temps de faire le bilan et de constater que la porte alors entrouverte vers la liberté de choisir des femmes reste seulement entrebâillée.
«On a été sage longtemps, aujourd'hui, on veut aller plus loin!», lance la présidente Danièle Igniti. Plus loin dans la généralisation de l'éducation sexuelle, dans l'accès à la contraception et dans le droit à avorter.
«Ce que nous pratiquons ici n'est pas digne. Nous ne savons rien sur le nombre d'interruptions volontaires de grossesse, l'âge des patientes, la fréquence des actes.» Difficile dans ces conditions de pratiquer une prévention efficace. La loi, en effet, dépénalise les IVG sur indication médicale, s'il y a eu viol ou en cas de détresse psychique. «C'est on ne peut plus élastique, hypocrite.» Mais absolument pas équitable puisqu'il faut trouver un médecin conciliant ou partir à l'étranger. Avec ce que cela comporte comme coût et comme suivi défaillant.
Si je veux!
Entre les consultations au Planning familial et les avortements à l'étranger, le chiffre inofficiel tournerait autour de 300 interruptions volontaires par an. «Nous plaidons pour une loi sans indications, mais avec un délai de temps à 12 semaines. Pour nous, le principe fondamental doit être le libre choix de la femme», défend Danièle Igniti. La députée Lydie Err (LSAP) a déposé en 2007 une proposition de loi en ce sens, restée lettre morte.
«Si je veux!» est bien sûr un clin d'œil au slogan féministe soixante-huitard «Un enfant si je veux quand je veux» mais aussi un programme, qui veut aborder les questions de mariages forcés, des relations sexuelles consenties et protégées, de l'accès à un environnement médical pour toutes les grossesses, même pour les sans-papiers, de la procréation assistée. Bref, mettre les questions liées à la sexualité sur la place publique, d'habitude si pudique.
En attendant que les mentalités (politiques) évoluent, le Planning a su habilement exercer son influence. Au point de décrocher l'agrément du ministre de la Santé pour pratiquer dans ses murs l'avortement médicamenteux jusqu'à la cinquième semaine de grossesse, avec une prise en charge au CHL en cas d'urgence. Lequel CHL pourrait à l'avenir mettre des lits à disposition pour les avortements chirurgicaux, pratiqués par un médecin du Planning «dans le cadre prévu par la loi».
Une énorme avancée qui permettra enfin une application correcte du texte de 1978.
Le remboursement de la contraception devrait aussi être prochainement acquis. Le financement se fera sur le budget du ministère, la Caisse nationale de Santé ne voulant pas payer pour de telles mesures «de prévention».
La campagne débute par des affichages, des cartes postales adressées au gouvernement et la projection, le 24 mars, à l'Utopia de «Dans le bureau de Dieu» de la française Claire Simon.
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