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Alain Kundycki: «C'est moins grave qu'en 2007»

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Alain Kundycki: «Herman Van Rompuy a un véritable pouvoir»

La Belgique célébrait sa fête nationale le 21 juillet. Pour la douzième fois, elle assure la présidence européenne. Double présidence même, alors que le pays ne dispose que d'un gouvernement voué aux seules affaires courantes.«Pas grave», dit en substance Alain Kundycki, ambassadeur de Belgique au Luxembourg.


Propos recueillis par Michel Petit


La présidence européenne par la Belgique n'intervient pas vraiment au meilleur moment…
A. K.:
«On comprend que beaucoup s'interrogent en raison de la crise politique actuelle. Mais bien avant la dernière campagne électorale, la Belgique préparait cette présidence. Cela fait deux ans déjà, depuis octobre 2008, que la Belgique y travaille, avec l'Espagne (la précédente présidence) et la Hongrie (la prochaine), comme le veut d'ailleurs le traité de Lisbonne. Tout ce qui touche aux finances, à la logistique, à l'organisation, était prêt depuis bien longtemps. Le gouvernement démissionnaire s'y était préparé. De grandes consultations préalables ont eu lieu avec les différents degrés de l'État. L'ensemble des exécutifs (Régions, Communautés, Fédéral) s'y sont impliqués en fonction de leurs compétences. Que la Belgique soit aujourd'hui conduite par un gouvernement d'affaires courantes ne modifie donc pas les priorités établies dans un contexte européen et dans le cadre d'un calendrier.»

Tous les partis susceptibles de former le prochain gouvernement soutiennent-ils l'Europe?
A. K.: «L'ensemble des partis sont arrivés à une très grande convergence sur l'Europe. Ces partis représentent 95% du spectre politique belge. On n'y trouve pas d'eurosceptiques. Cela ne pose donc aucun problème. La continuité est assurée. Ces partis ont la profonde conviction que l'Europe est une évolution positive, tant pour la Belgique que pour le monde.»

Au regard des six semaines de consultations et négociations, la Belgique tient-elle encore la route?
A. K.: «Tant l'informateur, Bart De Wever (NVA) que le pré-formateur, Elio Di Rupo (PS), ont dit et répété qu'ils travaillaient dans la discrétion. Jusqu'à présent, peu a filtré. Impossible donc de dire si un accord politique va intervenir, notamment sur le dossier de l'arrondissement. Bruxelles-Hal-Vilvorde sur lequel le gouvernement Leterme est tombé. Mais il y aussi le problème du financement de la sécurité sociale. Les conditions pour débuter réellement les négociations ne sont, semble-t-il pas encore réunies. Pourtant, les conditions actuelles ne sont pas comparables à celles de 2006-2007.
Le contexte politique et communautaire s'est modifié. L'approche choisie par les partis sortis gagnants des élections de juin repose sur la confidentialité. Tant et si bien que le climat est beaucoup moins agité.
Par ailleurs, les positions des partis impliqués dans le processus ont évolué. Les francophones ne se contentent plus de dire comme auparavant qu'ils ne sont pas demandeurs d'une réforme des institutions. De part et d'autre, on souhaite négocier pour aboutir. Les deux parties s'écoutent.»

Par défaut

S'agissant de la présidence, la Belgique n'en est pas à son coup d'essai…
A. K.: «C'est même la douzième présidence exercée par la Belgique. Celle-ci, avec le traité de Lisbonne, donne un nouveau départ aux institutions. Et la Belgique a beaucoup contribué à l'évolution des textes et traités.
Hasard de l'histoire, c'est, par exemple, sous la dernière présidence belge (la déclaration de Laeken en 2001) que fut entamé le processus de réforme dont l'idée du «trio» (la collaboration avec la précédente et future présidence tournante) qui débute sous la présidence belge.
Alors que, avec Lisbonne, la présidence tournante perd de son importance, l'existence du «trio» donne davantage de cohérence, de solidité au programme. Les trois pays ont arrêté ensemble les priorités.»

Comment imaginez-vous le fonctionnement des institutions?
A. K.: «La Belgique, dans un souci de pragmatisme, souhaite que les nouvelles institutions, la présidence stable et le haut représentant aux Affaires extérieures et de la politique de sécurité, nées du traité de Lisbonne fonctionnent et produisent leurs effets. Il faut que ce dernier serve une action extérieure européenne.
Autre aspect encore, le rôle accru reconnu au Parlement européen qui exprime le souci de respecter ses responsabilités. Du reste, la présidence se montre plus attentive à l'égard du rôle du Parlement.»

Une présidence qui semble bien discrète?
A. K.: «La Belgique n'a strictement rien fait pour que Herman Van Rompuy soit désigné alors que, il l'a dit lui-même, il n'était pas candidat. Il est en somme président par défaut dans la mesure où Jean-Claude Juncker ne pouvait entrer en ligne de compte pour certains. Le président s'attaque à l'ensemble des dossiers importants, afin que le Conseil fonctionne. Il lui appartient de dégager des pistes de consensus, ce qui n'est évidemment pas très facile en raison des différentes personnalités. Le président joue un rôle pour concilier les approches marquées, différentes de la France et de l'Allemagne. À cet égard, il exerce un rôle très important alors qu'il n'existe aucun modèle qui définisse la fonction, Herman Van Rompuy étant le premier à l'occuper. Il s'agit d'un véritable pouvoir.» 

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