Le temps de la réflexion
La fraîcheur et la combativité d'Andy n'ont pas suffi, les leçons de l'échec doivent être tirées pour donner lieu à une stratégie claire et sans malentendus.
Rachid Kerrou
«J’ai besoin d'un peu de temps pour faire le point sur la façon dont tout s'est déroulé. Je ne vais pas me torturer avec l'histoire des 39 secondes. Mais bon, c'est perdu et c'est fini». La tête dans le guidon depuis le 3 juillet, Andy Schleck réclame légitimement le huis clos pour revenir tranquillement sur une Grande Boucle dont il a été le principal animateur trois semaines durant. Histoire notamment de parvenir à se forger une opinion personnelle qui ne soit pas contaminée par quelque intérêt médiatique, patriotique, nostalgique ou autres.
Ses récentes sorties du style «Je remporte deux étapes, je passe six jours en jaune, et je ramène le maillot blanc, ça n'est pas si mal» relèvent encore de l'arithmétique. Or, seule une véritable introspection du cadet des frères Schleck – celle qu'il effectuera en cercle privé, avec sa famille – lui en apprendra davantage sur lui-même et lui permettra de franchir, le cas échéant, le palier manquant.
Sans doute parviendra-t-il d'abord à une juste estimation de la valeur de cette seconde «deuxième place» sur le Tour de France.
Alliés ou rivaux?
Il balaiera, on l'imagine, très vite les faits de course que bon nombre d'observateurs ont cru bon de mettre en exergue. Andy ayant été, comme Contador du reste, plutôt épargné par la poisse, l'épisode de son dérailleur défaillant relevant davantage de la péripétie que du véritable accident.
Il se souviendra aussi que si l'Espagnol a quelque peu profité de cet aléa pour refaire son retard, ce dernier l'a longuement attendu lors de l'étape de Spa où victime d'une chute, il aurait pu perdre le Tour avant même qu'il n'ait véritablement commencé.
Il reviendra ensuite sur le passage dans les Alpes où de l'avis général, Contador n'était pas au mieux et n'aurait vraisemblablement pas été en mesure de répondre à une attaque franche et soutenue...
Face aux siens, il pourra avouer – et s'avouer à lui-même –, qu'à tel moment clé, il n'a peut-être pas su, pas pu ou pas oser...
Il en tirera les leçons qui forgeront son expérience, celle-là même qui, à l'avenir, le guidera pour prendre la bonne décision au meilleur moment, face à un adversaire qu'il connaît désormais intimement.
Il lui faudra aussi, de manière honnête, sonder l'impact de l'absence de son frère Fränk, lors de cette Grande Boucle. L'a-t-elle réellement desservi? N'aurait-il pas eu à ses côtés un allié bien encombrant dans la mesure où ce dernier, champion du Luxembourg, vainqueur du Tour de Suisse, avait lui aussi des arguments à faire valoir en vue du podium des Champs-Élysées?
Il devra enfin s'assurer de la crédibilité du projet d'équipe luxembourgeoise qui se dessine autour de lui et de son frère en veillant notamment à ce que leur leadership commun soit un gage de complicité et non de rivalité.
Et là encore, on peut compter sur Contador pour être à l'affût et déceler la moindre défaillance luxembourgeoise pour préserver son trône.
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