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Un jeune sur deux est étranger

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L'ascension sociale n'est pas aussi simple qu'un saut de mouton; l'égalité des chances entre jeunes Luxembourgeois et non-Luxembourgeois est encore loin d'être atteinte (Photo: Fabrizio Pizzolante)

Comment construire la société de demain?


Diagnostic d'une jeunesse qui cherche sa place.

Olivier Tasch

L'intégration dans la société des citoyens étrangers est un objectif de la politique de la jeunesse et de la politique en général. Le premier rapport national sur la situation de la jeunesse (voir ci-dessous) consacre un chapitre à la question, dans lequel de nombreuses études scientifiques s'entrecroisent afin de donner une vision détaillée de la situation.

Pour l'heure, l'objectif politique est hors de portée, mais la problématique n'en demeure pas moins cruciale pour la société, vu la grande proportion de jeunes étrangers (49% des 12-29 ans).

Par rapport aux Luxembourgeois et aux autres nationalités, les Portugais, le plus grand groupe de migrants, ont en moyenne de moins bonnes qualifications et, de ce fait, se retrouvent dans des secteurs professionnels requérant peu de qualifications. Les Portugais ont ainsi des ressources socio-économiques moindres et un statut social inférieur à celui des Luxembourgeois. Ces constats sont aussi vrais pour les jeunes d'ex-Yougoslavie.

Tous les migrants ne sont pourtant pas logés à la même enseigne. L'on parle ainsi de «transnational upper-class» ou d'élites transnationales pour les étrangers qui gravitent autour de la place financière ou des institutions européennes. Ces derniers ne sont pas sur le marché du travail national et ne sont pas intégrés dans la Sécurité sociale ou dans le système d'éducation, mais ont toutefois un impact important sur la vie sociale du pays.

Cette particularité mise à part, le diagnostic de l'intégration porte évidemment d'abord sur l'école et le marché du travail. De nombreuses études, dont la fameuse étude Pisa, montrent que globalement les non-Luxembourgeois sont désavantagés dans le système d'éducation. Les raisons sont multiples. La première est le manque de ressources de leur famille, en termes non seulement financiers mais aussi éducationnels.

Mobilité sociale

Au risque de se répéter, la situation linguistique complexe du pays, en particulier à l'école, est un défi non seulement pour les enfants qui ont une orientation francophone mais aussi pour ceux qui ne maîtrisent aucune des trois langues du pays. Un taux d'échec scolaire élevé apparaît ainsi d'une manière disproportionnée chez les Portugais, les Italiens et les Capverdiens. En moyenne, les Luxembourgeois se retrouvent plus souvent dans l'enseignement secondaire général, alors que Portugais, ex-Yougoslaves et enfants issus de pays hors UE sont plus présents dans le secondaire technique. Ici encore, tous les migrants ne sont pas logés à la même enseigne; Belges, Français, Allemands s'en sortent bien dans l'enseignement secondaire général. Sans compter les enfants inscrits dans des écoles internationales, qui en sortent avec un niveau élevé de qualification.

Le tableau n'est toutefois pas complètement noir. Pour 84 à 93% de la première génération de Portugais, le plus haut niveau de qualification est l'école primaire, ce qui n'est plus que le cas de 32% de ses enfants. Dans la deuxième génération, 10% font des études supérieures, alors qu'ils n'étaient que 0 à 3% au sein de la première génération.

Les inégalités au niveau scolaire ont des conséquences sur le marché du travail. Ainsi, les jeunes migrants commencent à travailler plus tôt, car ils quittent l'école plus tôt. Le chômage touche aussi plus souvent les jeunes Portugais et ex-Yougoslaves. L'on constate également une segmentation du marché du travail qui complique l'intégration, car elle restreint le contact social entre Luxembourgeois et non-Luxembourgeois. Le tableau ne serait toutefois pas complet sans noter une certaine tendance à la mobilité sociale. La deuxième génération de Portugais se retrouve moins souvent dans le même domaine que ses parents. Les garçons ne sont plus que 23% à travailler dans le bâtiment (60% pour la première génération) et 9% des filles sont encore femmes de ménage (70% pour la première génération).

L'intérêt politique est aussi une clé de l'intégration. Sans droit de vote, les jeunes migrants ne s'intéressent guère à la chose politique (27,6% issus de pays voisins, 9% pour les Portugais), alors que 38,2% des Luxembourgeois déclarent s'y intéresser. L'on constate également une faible participation des jeunes étrangers dans les associations. 50,9% des Luxembourgeois font partie d'un club, contre 26,2% des Portugais, 25% des Italiens ou 21,4% des Français. De plus, il y a ici un morcellement par la langue; les étrangers sont généralement membres d'associations desquelles les nationaux sont absents.

Si les théories sociologiques sur l'intégration regorgent de concepts divers et variés, aujourd'hui, bien des sociologues s'accordent à dire que, pour un vivre-ensemble libre de tout conflit, l'identification avec le pays d'accueil n'est pas absolument nécessaire. Car, à côté de l'intégration complète, d'autres modèles sont envisageables, telle une société multiculturelle, plurielle. 

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