La quête d'une vie meilleure
Photo tirée du dépliant de la Police grand-ducale
Fuyant la pauvreté et les discriminations dans leur pays, les Roms tentent de survivre à l'Ouest. Quitte à mendier dans les rues.
Sébastien Meinbach et Jérôme Quiqueret
Ce sont des «mendiants professionnels», «simulant de fausses situations (par exemple: suis malade, suis sans emploi, suis sans toit...)» et «venant le plus souvent d'Europe de l'Est». «Chez ces personnes, la mendicité ne sert plus à satisfaire un besoin d'urgence mais à faire de l'argent.»
Le 5 août dernier, la police grand-ducale lançait une campagne de sensibilisation musclée. S'ils ne sont pas cités, les Roms semblent concernés. La photo du flyer doit aider à les distinguer des mendiants autochtones.
Déjà, en août 2008, la police grand-ducale s'était fendue d'un véritable mode d'emploi, pour éviter certes les vols, mais aussi de donner de l'argent aux mendiants. La police croit savoir qu'en «donnant de l'argent aux enfants vous favorisez leur exploitation» et que «l’argent ainsi mendié profite à des réseaux de criminalité». Cette campagne fait étrangement écho à l'arrivée au début de l'été d'une cinquantaine de Roms sur un terrain de la ville française de Mont-Saint-Martin, suite du début du mouvement migratoire... en 2008.
«La campagne n'est pas nécessairement dirigée contre les Roms mais contre un phénomène délinquant, explique le porte-parole de la police, Vic Reuter, qui a «reçu notamment plus de plaintes des citoyens et des commerces, ce qui a poussé à réagir».
Le Parquet de Luxembourg concède qu'une telle campagne peut être «stigmatisante», mais il s'agirait de rendre sensibles les gens sur la base d'«impressions». Car les faits sont chiches. Pourtant, dit le substitut du procureur, Bob Piron, «il n'y a pas eu une affaire où il y aurait eu traite d'êtres humains». L'existence d'un réseau organisé n'a jamais pu être démontrée. Les impressions reposent sur la présence d'enfants dans les rues d'une part, les allers et venues en groupe de l'autre.
Seuls les cas de mendicité en réunion – délit prévu au code pénal – et d'escroquerie ont fait l'objet de condamnations. Or, «les cas ne sont pas si fréquents que cela. [...] Et il n'y a pas de peines sévères prononcées en la matière».
Karin Waringo, rare Luxembourgeoise à s'intéresser à la situation des Roms (lire p.11), est «étonnée que personne n'ait réagi» à la campagne de la police. La question des tsiganes dans un pays qui a toujours savamment organisé le reflux des tsiganes (lire ci-dessous) est peu discutée.
Il n'en reste pas moins ainsi confronté à cette migration économique liée à l'élargissement de l'Union européenne par le traité... de Luxembourg.
Installés à la frontière, dans une situation précaire, sans possibilité de travailler, ces Roms de Roumanie font le même chemin que les travailleurs frontaliers, avec le même but: gagner de l'argent.
«Comprendre»
Du côté de Mont-Saint-Martin, ce n'est pas de crime organisé dont on s'inquiète mais de l'urgence humanitaire. «Il faut essayer de comprendre, explique le maire de la commune française de Mont-Saint-Martin, Serge de Carli. Ils viennent pour des raisons de survie. C'est un mode de vie qui peut certes choquer ici. Mais ils ne peuvent pas avoir d'emploi, alors ils font la manche. Ce sont des êtres humains. Il faut les regarder avec humanité et que le pays d'accueil crée les conditions pour les accueillir.»
Du côté belge, on s'organise aussi face à cette «migration économique». Ahmed Ahkim, directeur du Centre de médiation des gens du voyage en Wallonie (asbl), constate: «Il n’y a pas lieu de distinguer ces migrations de celles des Portugais et des Espagnols.»
«La pauvreté est une conséquence de la discrimination dont ils sont victimes, qui va encore alimenter l'exclusion sociale et aggraver la précarité administrative et économique (logement, travail); c'est un cercle vicieux.» En juin 2010, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe adoptait une résolution rappelant que «cette minorité souffre de profondes discriminations depuis des siècles et est, aujourd'hui encore, souvent rejetée par le reste de la population en raison de préjugés bien ancrés». Alors qu'«en ces temps de crise économique, cette minorité – très vulnérable – se révèle une cible facile et sert de bouc émissaire», la résolution juge que «tous les États membres – sans exception – ont l'obligation morale et légale de faire des efforts concrets et soutenus pour améliorer la situation des Roms et veiller à ce que leurs droits fondamentaux soient pleinement respectés».
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