Parler vrai
Sur les terres craquelées par le gel ou le soleil, comme sur les lignes de la main, les plus superstitieux, les plus amoureux aussi, lisent ce qui les arrange.
Marie-Anne Lorge
Par les poussières et les sables qu'il projetait sur ses toiles, l'artiste catalan Antoni Tàpiès – décédé le 6 février –, pulvérisé par l'effroi de la bombe atomique, disait ce qui dérange.
Ceci dit, bien sûr qu'il est possible de «parler vrai» en dédramatisant la situation. «A ce jour, pour moi, dit la romancière Claire Castillon, seuls le langage de l'enfance et l'humour poétique ont ce pouvoir.»
Et les exemples de s'enfiler comme des perles. Du Poil de carotte (de Jules Renard) – qui fait sourire même quand il massacre une taupe – à la petite Zazie de Queneau qui maugrée contre la grève du métro. On en rit sur papier; il faut juste essayer de conserver le même rictus tout au long de ces jours qui dépassent la fiction: «Ce matin» – était-ce Mardi gras? – «j'ai trouvé Papa dans le lave-vaisselle».
Magique, touchant, grave
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