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Franc-parler

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Bon, d'accord, Christine Lagarde figure année après année en bonne place dans la compétition pour décrocher le prix de l'humour politique.

Un florilège de ses œuvres tourne d'ailleurs sur internet depuis ce week-end. Personnellement, «Protéger les faibles contre les forts, c'est l'essence du libéralisme» – phrase prononcée sur France 2 le 25 mai 2011 – est ma contribution favorite. Mais on peut aussi apprécier le «Je pense que le gros de la crise est derrière nous» (août 2007) ou le «Pourquoi ne pas laisser la voiture au garage?» de novembre 2007, à l'époque où le gazole battait un record à 1,14 euro le litre et où le super sans plomb frôlait les 1,30 euro. Il y a dans cette dernière un petit côté Ancien Régime qui sied à l'intéressée.

Alors, lorsqu'elle déclare au Guardian que c'est aux Grecs de «s'entraider», notamment «en payant leurs impôts», et qu'elle «trouve leur sort moins préoccupant que celui des enfants africains», dans quel registre opère-t-elle?

L'humour fut-il involontaire ou bien doit-on y voir une contribution voulue à la solution de la crise grecque?

Car, c'est un fait, l'ex-ministre a réussi à former l'union sacrée en Grèce, où la classe politique unanime a dénoncé l'insulte faite au peuple grec. De même, les Européens, contestant l'aspect exagéré de ces déclarations, ont pu apparaître comme soutenant ces mêmes Grecs, qui en ont bien besoin.

Ce qui, en cette période électorale, là-bas, n'est pas anodin.

Mais Christine Lagarde est également restée dans son rôle de directrice du FMI – chargée de s'assurer que les débiteurs remboursent leurs dettes et remplissent leurs obligations – en pointant là où ça fait mal, c'est-à-dire sur le laxisme fiscal d'un pays où fraude et évasion fiscales se conjuguent avec clientélisme.

Renvoyant finalement au vrai problème du pays, qui dépasse le problème fiscal: l'absence de structures étatiques correspondant aux normes des Etats européens.

Ce dont tous les Européens avaient conscience lorsqu'ils ont fait successivement entrer ce pays dans l'Union puis dans la monnaie unique.

Quand Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand, dit que les Grecs doivent tenir leurs engagements, il est dans le droit fil de la pensée de Christine Lagarde.

Mais il l'exprime juste diplomatiquement. Pour que la Grèce puisse rester dans l'Europe, elle doit rembourser ses dettes, mais surtout se réformer. Point.

Les Grecs pourront-ils le faire? Voudront-ils le faire? On verra. S'ils refusent, ils en connaissent les conséquences.

Marc Fassone

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