Fromage
Il semble que beaucoup de décisions soient prises «entre la poire et le fromage».
À un moment où, gavés, les convives baissent leur garde. L'expression a été forgée vers 1660.
Ceci dit, si la poire renvoie directement au latin «pirum», je me suis toujours demandé d'où provenait le mot fromage. Le latin dans ce cas, à première vue, ne m'a guère servi. Les Romains disaient «caseus» pour fromage. Un mot qu'on retrouve dans le «queso» espagnol, et même dans le «Käse» allemand devenu «cheese» en anglais, mais qui, en français, ne s'est faufilé que dans le terme plutôt érudit de «caséine» et de ses dérivés (caséeux, caséifier, etc.) parlant plus de chimie que d'alimentation.
Or, si j'avais été dyslexique, j'aurais sans doute trouvé la réponse sans aller fouiner dans les dictionnaires étymologiques. Parce qu'il suffit de déplacer un tantinet le «r» dans le mot, de le rapprocher du «m» – comme dans l'italien «formaggio» – pour mettre à découvert que la source est bel et bien latine. On trouve en effet, dans le latin classique, l'adjectif «formaticus» où l'on identifie aisément la racine «forma» qui signifie tout simplement… «forme».
Le fromage – jusqu'en 1180 on disait encore formage – est donc quelque chose qui a été mis dans une forme. Chez les Romains, cependant, l'adjectif «formaticus» était précédé de «caseus». Il s'agissait donc d'un fromage fait dans une forme. En français, tout comme en italien, n'est restée, par métonymie que la forme. Une forme qui parfois s'éloigne du fromage, notamment quand il est question de «fromage de tête» qui, lui, n'a rien de caséeux, mais fait partie de la charcuterie. Une charcuterie mise dans une... forme. Pas de quoi en faire tout un fromage, non?
Jean Portante


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