Tous égaux en maillot
Au cours des dix dernières années, la population a augmenté de façon régulière de 1,5% par an. Soit 72.814 habitants de plus en 2011 qu'en 2001.
C'est l'un des taux de croissance les plus élevés, comparable aux années 1895-1900, quand l'industrialisation battait son plein et rameutait la main-d'œuvre étrangère. Au tournant du XXe siècle, le Luxembourg comptait 200.000 habitants.
En 2011, ils sont 512.353 et les temps ont changé.
Ce n'est plus l'industrie qui fait bouillir la marmite et gonfler l'immigration, ce sont les services, plus particulièrement les banques et les assurances. Un changement de paradigme qui pose problème aux yeux de Paul Helminger: «Cette richesse, on ne sait pas vraiment d'où elle vient dans la mesure où il y a de moins en moins de dirigeants luxembourgeois impliqués dans cette économie», confiait-il dans l'édition du 9 juillet du Quotidien.
En résumé: «Les Luxembourgeois ne comprennent pas pourquoi ils sont si riches, mais ils le sont et ils veulent le rester.»
L'homme politique a mis fin à sa carrière (il vient de quitter la Chambre des députés), mais le nouveau président de Luxair retrouve le ton des patrons et milite pour l'association 5 vir 12 (midi moins cinq), qui prône «un changement de mentalités».
On n'est pas loin des «petits capitalistes» dénoncés par Juncker dans le discours sur l'état de la nation.
L'image d'Epinal a bon dos. La minorité juchée sur son tas d'or qu'elle redistribue, à l'arrosoir ou au compte-gouttes, selon les points de vue.
Des hommes de la carrure de l'ancien bourgmestre de la capitale devraient aller au-delà. Au-delà de l'éternel clivage entre Luxembourgeois et non-Luxembourgeois, fonctionnaires et non-fonctionnaires… Tout comme les conseillers d'Etat auraient dû y réfléchir à deux fois avant de proposer d'inscrire le luxembourgeois comme langue nationale dans la Constitution.
Quid des étrangers? Quid des mariages mixtes? Quid des 56% d'élèves qui ne parlent pas le luxembourgeois en première langue à la maison?
N'ont-ils rien à voir avec cette nation?
L'été – selon le mot d'ordre «tous égaux en maillot» – est certainement une bonne occasion d'y repenser.
Laurence Harf


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