Séparation
Injustice! Alors que l'information d'un financement à coups de millions d'euros de la mosquée de Bonnevoie par une association du Qatar circule (voir page 6), parmi les musulmans du Luxembourg, on rappelle que l'égalité de traitement entre religions au Grand-Duché n'existe pas.
Le ministre des Cultes, François Biltgen, justifie cette anomalie par un moment politique. Depuis le mois de mars, en effet, un groupe d'experts planche sur la question des relations entre l'Etat et les communautés religieuses, voire philosophiques.
Le rapport devait être pondu avant la fin des vacances, mais le ministre a notifié, dans une réponse écrite à une question parlementaire, que dans l'espoir de finaliser la question «des séances de concertation entre les experts qui auront lieu durant le mois d'août» étaient nécessaires.
A en croire le ministre, le conventionnement du culte musulman traîne parce qu'«il serait difficile d'expliquer aux communautés concernées que tout le système accordé pourrait être, en fonction des conclusions que les autorités compétentes tireront des conclusions du rapport, frappé d'annulation quelques mois seulement après son entrée en vigueur».
Tous les espoirs sont donc permis. Car si la réponse du ministre n'est pas hypocrite, il envisagerait donc sérieusement la fin du conventionnement.
On peut se mettre à rêver. Toutes les religions seraient traitées de manière égale, en somme, elles ne seraient pas subventionnées par l'Etat.
La Constitution serait allégée et toutes les lois prévoyant la rémunération et le financement par l'Etat au profit des cultes seraient abolies.
Imaginez les économies de paperasserie et surtout d'argent public!
Le ministre des «économies financières», Luc Frieden, devrait plancher sur la question. Combien rapporterait la séparation de l'Eglise et de l'Etat? Au grand minimum 80 millions d'euros par an.
Pourtant, il n'est pas seulement question de gros sous, mais aussi d'en finir avec la domination du culte catholique sur l'Etat. Certes plus facile à écrire qu'à réaliser. Mais cela peut se faire sans coup d'éclat.
On se souvient de cet illustre politicien français qu'était Aristide Briand, prix Nobel de la paix 1926, artisan de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat en France. Pour lui, cette loi ne devait pas être «braquée sur l'Eglise comme un revolver».
Si une loi similaire voit le jour au Luxembourg, ce sera dans le même esprit, pas contre les religions, mais en faveur de l'égalité de traitement et pour un peu plus de démocratie.
Olivier Tasch


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