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Les trois fantastiques

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Lorsque «Cloverfield» s'inspire de la série télé «Heroes» avec des personnages dignes de «Misfits», il en résulte un film de superhéros qui donne un nouveau souffle au genre.


Afin de se protéger des excès colériques de son père alcoolique (Michael Kelly), Andrew (Dane DeHaan) commence à documenter sa vie à l'aide d'une caméra. Du chevet du lit de sa mère mourante (Bo Peterson) à ses déjeuners en solitaire au bord du terrain de football de son lycée, ce jeune adolescent sans amis, et qui se fait taquiner au quotidien par ses camarades, filme chaque seconde de sa vie dans l'espoir de la rendre intéressante. Lors d'une rave party dans un hangar au beau milieu d'une forêt, son cousin Alex (Matt Garetty) et Steve (Michael B. Jordan), le garçon le plus populaire du lycée, le persuadent de venir avec lui afin d'explorer les fonds d'un gouffre mystérieux. Au bout de cette excavation, ils se retrouvent nez à nez avec un objet venu d'ailleurs qui scintille de toutes les couleurs.

Comme un prédateur en quête de revanche

Quelques jours plus tard, les trois ados, désormais devenus inséparables, se découvrent des pouvoirs surnaturels. Si dans un premier temps ils les explorent aux dépens des autres en leur jouant des tours anodins, ces pouvoirs vont libérer au plus profond d'Andrew toute la haine et l'impuissance qu'il ressent depuis des années. Face à cette nouvelle force qui le ravive, Andrew commence à se sentir tel un prédateur en quête de revanche.

Fondé sur le principe du «found footage» (des images filmées à la première personne par un des protagonistes et qui sont retrouvées ultérieurement), à l'exemple de The Blair Witch Project (1999) ou Cloverfield (2008), ce journal intime filmé d'un ado à la recherche de lui-même réussit à déjouer la plus grande difficulté du genre: justifier à chaque séquence la présence de la caméra.

De manière ingénieuse, Josh Trank, qui signe ici son premier long-métrage à partir d'un scénario de Max Landis (le fils du réalisateur John Landis, l'auteur de The Blues Brothers), libère rapidement la caméra des mains de son protagoniste principal, qui la fait léviter à l'aide de ses superpouvoirs. Ainsi, les deux premiers actes du film font preuve d'une légèreté ludique soulignée par des acteurs dotés d'une fraîcheur singulière.

Cette histoire classique de la naissance d'un superhéros qui ne manque pas de panache connaît ses seules réelles difficultés lorsqu'elle hésite à faire basculer le point de vue vers l'extérieur lors du dernier acte et de la descente aux enfers d'Andrew. Les explications de la présence de la caméra deviennent dès lors laborieuses et font entrave au pacte de crédibilité que le film instaure d'emblée et de manière jouissive.

Des effets spéciaux très réussis et un combat final haletant font néanmoins de Chronicle un film de superhéros qui «reboote» le genre, loin des usines à héros de DC et de Marvel, et qui malgré son budget de 12 millions de dollars (une somme dérisoire par rapport aux budgets dithyrambiques des Spider-Man, Batman et compagnie) a réussi à dominer le box-office américain en engrangeant 40millions de dollars en deux semaines d'exploitation.

Loic Tanson

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