«Cloclo» quand même…!
Claude François, chanteur mythologique, selon Florent-Emilio Siri. On revisite une vie aussi flamboyante qu'hystérique. Plaisante compilation? Ou imagerie hypervitaminée?
«Tout est dans les détails!» Ainsi parle Claude François, superstar monomaniaque et pressée des 60's et des 70's, dans le biopic (biographical picture en v.o.) qui inonde les écrans. On se dit, lassé par le ramdam médiatique, qu'on va pratiquer la distanciation et voir Cloclo à reculons. On en sort indemne car les 148 minutes de projection passent sans problème. Cloclo nous déplairait-il en bien?
Tout biopic carbure avec un pitch toujours prévisible. C'est gentiment biographique avec La Môme Piaf. Mensongèrement hagiographique comme La Dame de fer alias Maggie Thatcher. Parfois on frôle l'altière mythologie et le biopic mixe alors éthique et politique comme J. Edgar que Clint Eastwood a consacré à l'inventeur du FBI. De rares fois, le biopic bazarde imagerie pieuse et chronologie scolaire pour servir l'humour comme Gainsbourg (vie héroïque) ou I'm Not There qui décline Bob Dylan avec plusieurs acteurs.
Pour Cloclo, F.-E. Siri, réalisateur confirmé, et Julien Rappeneau, scénariste réputé, se sont nourris à toutes ces veines. Tout commence en 1939 quand le héros naît à Ismaïlia en Egypte. On enchaîne avec le vent de la décolonisation quand la famille François échoue à Monaco en 1957. Tout s'enchaîne. On caresse le zapping. De 1960 – Saint-Trop', twist et bikini – jusqu'en 1978 lorsque la superstar s'électrocute dans sa salle de bains alors que Michel Drucker l'attend pour boucler une émission. Les frasques de la maman François. Le désamour de papa François. Les premières amours. La fascination pour Frank Sinatra. Le «twist franco-arabe» qui foire. La découverte de la soul. L'arrivée de Paul Lederman. La love-story-express avec France Gall. Les années Giscard d'Estaing. Le tube Comme d'habitude transformé en My Way par Paul Anka. Les fans. Les tournées stakhanovistes. Le lancement de Podium, de l'agence de photographes et de mannequins. Les enfants. Le Royal Albert-Hall à Londres. Et cette mort stupide dans son moulin de l'Essonne. Depuis Claude François demeure gros vendeur de disques à l'aune de Dalida.
Spectaculaire bluffant
Mille autres détails compactent le film. Quelques fugaces archives télévisées en noir et blanc rappellent l'Histoire. Des flash-backs saisissent le personnage de Cloclo, ses fêlures narcissiques, son mal d'enfance, ses petites haines de soi («Arrête de dire que je suis beau, dit-il à sa mère, je suis petit, j'ai les jambes arquées»). On comprend son addiction pour la rhinoplastie. Et on écoute mieux les chansons qui, entre les lignes, racontent les heurs et malheurs d'une idole de porcelaine. F.-E. Siri travaille avec zèle ces ombres et ces lumières.
Jérémie Renier, véritable clone de l'icône, est tout simplement époustouflant. Comme le trop discret Marc Barbé qui joue le père. Les autres personnages sont brossés à gros traits. Tel celui de la mère qu'une actrice (Monica Scattini) peu inspirée caricature pour en faire une «mamma» invraisemblable. Idem pour l'imprésario Paul Lederman campé par un méconnaissable Benoît Magimel lesté de kilos, d'une moumoute frisottante et de prothèses diverses. France Gall n'est qu'esquissée par Joséphine Japy. Et Frank Sinatra tel que le désincarne Robert Knepper est une autre fausse note.
Voilà donc un Cloclo inégal. C'est le 5e film de F.-E. Siri. Depuis 1991, il nous a habitués au meilleur (Un moment de silence, L'ennemi intime) et au pire (Nid de guêpes, Otage). Cloclo cumule les deux tonalités du spectaculaire bluffant et d'intenses moments de grâce et d'âpreté mêlées.
Bientôt nous arrive le biopic sur Marilyn Monroe. On annonce un Grace-Kelly, un Mike-Brant, un Alfred-Hitchcock. Mais est-ce que nous méritons tout ça?
Manfred Enery


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