Éditorial / Les banquiers, tous pêcheurs
On ne peut rien prévoir. La seule chose qu'on sait, c'est que rien ne sera plus comme avant (la crise). Deux phrases qui prennent valeur de mantras, tant elles sont répétées par les hommes et femmes qui gèrent le pays. Dans l'espoir, peut-être, d'endormir les opposants à une «politique de la continuité durable». / Laurence Harf
L'incertitude n'empêche pas de réfléchir. Un groupe de travail s'est donc penché sur l'avenir du pays à l'horizon 2022-2035. En commençant par l'économie et un scénario catastrophe qui annonce le départ précipité des banques et assurances du Grand-Duché, suite à la crise financière et surtout à l'abolition du secret bancaire.
L'État, «utilisant ses ultimes ressources», réagit en misant tout sur le commerce international, moyennant d'importantes aides financières aux entreprises de transport. La conjoncture s'y prête d'autant mieux que, suite au réchauffement climatique, le nord-ouest des Pays-Bas est inondé et ses trois principales villes ont disparu sous les flots. Le port de Rotterdam est rayé de la carte et les échanges commerciaux tournent au ralenti. Le Grand-Duché sait, une fois de plus, tirer profit de sa situation géographique.
La diversification de l'économie se tourne également vers l'élevage de thons dans les fleuves et les lacs luxembourgeois. Une aubaine pour les banquiers licenciés, qui deviennent tous pêcheurs.
Des changements se font logiquement sentir dans la société. Car le changement climatique fait aussi des victimes en Norvège, où le pays subit une nouvelle ère glaciaire en raison de la déviation du Gulf Stream.
Les réfugiés climatiques, tant norvégiens que néerlandais, choisissent le Luxembourg comme terre d'accueil. Le français n'est plus guère la langue de communication et encore moins le luxembourgeois. La langue officielle est donc changée en anglais. Le catholicisme ne fait plus l'unanimité non plus, laissant la place à l'Église protestante.
De la science-fiction qui ne peut laisser indifférent. Parce qu'elle remet en cause à peu près tous les acquis sur lesquels se crispe actuellement la politique. Ne peut-on vraiment pas envisager un avenir sans les banques ? Le luxembourgeois est-il la seule langue d'intégration possible ? Faut-il absolument poursuivre les achats de droits d'émission de CO2 et continuer à polluer?
Le scénario interpelle aussi parce que ce «think tank» est constitué d'élèves de 4e (4e L1 du Lycée de Garçons de Luxembourg dans le cadre d'un projet européen Comenius). Des ados de quinze qui auront près de 40 ans en 2035 et seront les fonctionnaires, dirigeants d'entreprise, députés, voire ministres en charge du pays.
Se souviendront-ils alors de leur audace à penser un autre Grand-Duché où «rien ne sera plus comme avant»? Combien oseront encore leur dire «Laisse parler les adultes»… surtout quand ils n'ont rien à dire?
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