Marie-Paule Graul-Platz: «Je suis en faveur des quotas»
La nouvelle présidente du CNFL reste attachée à son engagement humanitaire
Le Conseil national des femmes fait sa rentrée ce 8 octobre. / Laurence Harf
Le Jeudi: Vous prenez le relais de l'eurodéputée Astrid Lulling à la tête du CNFL et vous annoncez une présidence axée sur la solidarité...
Marie-Paule Graul-Platz: «En tant que vice-présidente de l'Action catholique des femmes (ndlr: Fraen a Mammen) je viens d'un milieu humanitaire. J'ai à cœur de réunir toutes les femmes, toutes les générations.
Il y a eu des changements dans la société, en particulier au niveau du travail. On oublie que jusqu'en 1965, une femme qui se mariait devait quitter son emploi à la banque. On ne peut pas laisser tous ces talents en friche. Mais les mentalités ne suivent pas. Combien de fois on entend des commentaires en cas de divorce, de problème avec les enfants: "c'est parce qu'elle travaille!"? C'est là que nous voulons agir.»
Le Jeudi: 2010 sera l'Année européenne de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Où le bât blesse-t-il?
M.-P. G.-P.: «Il y a au Grand-Duché une pauvreté cachée. Ce sont les femmes qui élèvent seules leurs enfants mais aussi celles qui, divorcées à 50 ans, glissent dans le dénuement sans que personne ne le voie. Nous plaidons pour l'individualisation des prestations sociales. C'est un sujet complexe, car les femmes ont bien souvent des emplois moins rémunérateurs, à temps partiel. Il faut veiller à ne pas créer là une nouvelle forme de pauvreté.»
Solidarité féminine
Le Jeudi: Quels appuis manquent-ils pour tendre à une véritable égalité des droits et des chances?
M.-P. G.-P: «Le revirement des mentalités doit venir également des femmes, elles doivent se soutenir davantage. Je suis en faveur des quotas pour ouvrir des portes. Que ce soit en politique ou dans le monde de l'entreprise. Je conçois très bien que personne ne veuille être une "femme-quota", mais comment prouver ses qualités, progresser si on ne vous en donne pas la chance?»
Le Jeudi: Concilier la vie professionnelle et la vie de famille est également une problématique qui touche les femmes...
M.-P. G.-P: «La généralisation des maisons-relais est une point que nous réclamions depuis longtemps. Mais là aussi les femmes et particulièrement les jeunes filles doivent être sensibilisées. Après, il est important que les responsabilités soient portées par le couple. Il y a des signes encourageants, comme les pères qui prennent le congé parental. Le travail de pionnier est fait, il ne faut rien lâcher.»
Le Jeudi: Vous allez participer à une conférence sur le développement local*. Est-ce là que tout se joue?
M.-P. G.-P: «Le travail d'information est primordial. Les termes techniques comme "gender mainstreaming" n'évoquent rien. Mais si on parle de concret, si on explique qu'il ne faut pas placer un arrêt de bus près d'un parc désert pour que les femmes y soient en sécurité, tout le monde comprend.
Dans le cadre de mon travail au sein du Lobby européen des femmes, je me rends compte que nous avons un rôle de précurseur. Par exemple avec un budget en fonction des genres à Esch-sur-Alzette.»
Le 19 octobre à Junglinster avec les ministres de l'Égalité des chances et de l'Intérieur, www.mega.public.lu (actualités).
Magique, touchant, grave
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