Un long combat
Que l'on défende ou non l'existence même de la journée de la Femme, sa centième édition a, une nouvelle fois, été l'occasion de faire le point sur l'inégalité entre hommes et femmes mais aussi sur la vitalité et la richesse du mouvement féministe.
Jacques Hillion
Au Luxembourg, cette vitalité passe par une lutte qui fleure bon les années 70: celui du droit à l'avortement, de disposer de son corps, d'avoir un enfant «si je veux, quand je veux». Le succès de la pétition contre le projet de réforme conservateur de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse qui en semaine a récolté quelque 800 signatures, le démontre amplement.
À côté des acquis qu'il ne viendrait à l'idée de personne de remettre en cause tels que le droit de vote (dont on célèbre cette année au Grand-Duché le quatre-vingt-dixième anniversaire) ou le droit au travail, le mouvement féministe peut se targuer d'avoir remis en cause un paquet d'idées reçues qui, machisme aidant, fondaient l'inégalité des droits sur une inégalité de nature. Ce qui n'a pas empêché le discours féministe d'évoluer. De l'émancipation à l'égalité stricte ente hommes et femmes, il a maintenant intégré un droit à la différence qui n'est pas sans secouer le Landerneau féministe.
Comme le montre d'ailleurs le dernier livre polémique d'Élisabeth Badinter, Conflit, où elle dénonce «le retour en force du naturalisme», le rôle social de mère qui «constitue le pire danger pour l'émancipation des femmes et l'égalité des sexes».
Pourtant, pratiquement, il reste beaucoup à faire. Les inégalités demeurent et elles sont criantes au regard des salaires, de l'accès aux fonctions à responsabilités dans le monde politique ou économique, du partage des tâches domestiques…
Si tout le monde s'accorde à lutter contre ces inégalités, le chemin pour parvenir à y mettre fin n'est pas unique. Il en va ainsi de la question des quotas dont les députés ont débattu hier. Certainement nécessaires pour faire prendre conscience de la nécessité de la parité pour la vitalité de la démocratie, ils n'en sont pas moins décriés par leur caractère contraignant qui fait fi des notions de compétence et de mérite. Notions qui sont pourtant le socle «vertueux» de notre organisation politique et économique.
Comme quoi, le mouvement féministe a encore de longs et beaux combats devant lui. Ne serait-ce que parce qu'il s'attaque à une culture patriarcale et à ce que les sociologues appellent l'habitus qui veut qu'individu interprète le monde social d'une manière qui lui est propre mais aussi commune à la catégorie sociale à laquelle il appartient.
Si la première des catégories sociales est le sexe, il y a là une source d'inégalité sociale à laquelle le mouvement féministe, c'est son grand mérite, s'est attaqué sans jamais baisser les bras.
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