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Editorial: Le bourbier afghan

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La guerre du Viêt Nam a, dit-on, été perdue par les Américains à cause de la télévision qui déversaient quotidiennement son lot d'horreurs au point de saborder le soutien de l'opinion publique.


Jacques Hillion 

Les militaires ont compris la leçon et aussi bien en Irak qu'en Afghanistan font montre de discrétion. Seulement, la publication dimanche dernier de milliers de documents confidentiels du Pentagone sur internet par le site WikiLeaks lève le voile sur l'absurdité de la guerre d'Afghanistan et met en évidence nombre de bavures. En d'autres termes, elle conforte l'idée que les États-Unis et ses alliés sont en train d'échouer dans leur entreprise guerrière.
L'embarras des autorités américaines est d'ailleurs visible: elles minimisent la portée des rapports divulgués qui n'apporteraient pas grand-chose de neuf mais, en même temps «pourraient mettre en péril la vie d’Américains et de nos alliés, et menacer notre sécurité nationale».
En tout état de cause, ces divulgations tombent mal pour Barack Obama. Car même si ces révélations n'en sont pas, elles alimentent les doutes d'une opinion publique américaine qui trouve la stratégie de guerre contre-insurrectionnelle peu convaincante.
Entre des armées occidentales qui tentent de se rapprocher de la population afghane pour contrer les talibans, la politique de réconciliation du président Karzaï avec les mêmes talibans et à laquelle s'oppose l'ancien chef des services secrets afghans, la corruption endémique des institutions ou encore le double jeu des renseignements pakistanais, la cacophonie est générale. S'il est difficile d'y voir clair, elle illustre surtout un bourbier dans lequel les troupes de l'Otan s'enlisent depuis bientôt neuf ans.
L'objectif de la Maison Blanche reste pour le moment de sortir la tête haute de cette guerre. Obama a promis que le retrait des troupes américaines devrait commencer en juillet 2011. Mais l'urgence est, cette semaine, au Congrès qui doit approuver une nouvelle ligne de crédit de 59 milliards de dollars.
Mais la pression pourrait s'accroître pour le président américain.
Le premier semestre de l'année a été le plus meurtrier pour les civils afghans depuis le début du conflit et le nombre d'«incidents sécuritaires enregistrés» a, en juin, été le plus important depuis 2002.
Autant d'éléments qui, mis bout à bout, montrent le caractère inextricable de cette guerre et qui pourraient pousser Obama à accélérer le retrait des troupes.
A-t-il réellement le choix pour se dépêtrer de cet héritage de George W. Bush qui a laissé les talibans reprendre du poil de la bête alors que, justement, il aurait fallu porter assistance à la population civile.
Mais l'ancien président a préféré se concentrer sur l'Irak, un pays où la situation n'est, à vrai dire, guère plus brillante. 

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