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Editorial: Endettements et Spéculations

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Deux informations parues plus ou moins en même temps, sur deux thèmes différents. Apparemment différents.

David Broman

La première nous vient de l'ONG Global Footprint Network (GFN, réseau d'information sur l'empreinte écologique planétaire). Selon ses calculs – approximatifs –, dès ce samedi 21 août, les hommes auront consommé en 2010 tout ce que la Terre peut produire en un an. En d'autres termes, à partir de samedi, les hommes vivront à crédit sur les ressources de la Terre, et ce jusqu'au 31 décembre. Nous allons donc devoir nous endetter de près de 40% auprès des ressources naturelles pour terminer l'année. Et voilà qu'on reparle d'endettement.

La seconde info nous vient d'Olivier de Schutter, rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, qui déclare «espérer qu'il n'y ait pas de panique sur les marchés» des produits alimentaires de base, car, dit-il, «les pays sont insuffisamment préparés à ce qui s'annonce comme la hausse généralisée des prix alimentaires». Comme complétant cette déclaration, la revue Trends-Tendances dénonce «les spéculateurs» qui «se régalent» de la flambée des prix des produits de base, notamment Goldman Sachs, Bank of America, Citigroup et la Deutsche Bank – la bande des quatre –, qui, avec le complicité des dirigeants politiques, maîtrisent les règles du jeu du commerce mondial et manipulent les marchés. Et voilà qu'on reparle de spéculation.

Aussi complexe soit le mécanisme, il existe bien évidemment un lien entre l'endettement écologique et la furie d'un système financier mondialisé dictatorial qui oblige les peuples à financer en priorité les plus-values d'une spéculationimmorale. Par un système complexe de vases communicants, alors que l'environnementdevient plus pauvre et les riches plus riches, ily a d'évidence un transfert net de richesses de l'environnement (en ressources naturelles) aux «plus riches» (en dollars). De même qu'il y a transfert de richesses des plus pauvres (enressources humaines) vers les mêmes «plusriches» (en dollars). La mondialisation est ainsi faite: transformant les ressources en produits dérivés puis en dollars, elle nous oblige à nourrir les obèses de la finance par l'épuisementdes ressources naturelles et humaines en créant, dans le tiers-monde surtout mais pas seulement, des déserts environnementauxet humains à croissance qui défie les lois universelles de la physique.

L'on voudrait nous faire croire que la gravité de la situation est due au fait que notreplanète est surpeuplée... Qui est en trop? Nulne le dit clairement, mais il semble que ce ne soient pas les «plus riches».

S'il est vrai que la population mondiale devra tôt ou tard se stabiliser, cela ne servirait àrien – les spécialistes «hors dogme» sontunanimes – sans d'abord sortir l'alimentairede la finance mondialisée, sans investir prioritairement dans l'agriculture locale, humaineet écologique pour assurer une suffisancealimentaire nationale à tous les citoyens.

Au lieu de se féliciter de la «robustesse» des banques, et de la solidité de l'euro, le Premier ministre Jean-Claude Juncker devrait davantage s'inquiéter de la dépendance alimentaire dont souffrent son pays et son peuple.

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