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Sans regrets

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Un quinquennat, dont le début fut honoré par des jets de tomates et d'œufs, et le voilà déchu. Le concept d'«activation» du chômeur va disparaître du langage administratif dès lors que la réforme de l'Adem sera adoptée, remplacé par celui de collaboration.

Le règne de ce concept fallacieux aura été bien long. Il était au centre du fameux projet de loi 5611, qui avait fait descendre 10.000 lycéens et étudiants dans la rue. Ces derniers avaient réussi à mettre fin aux ambitions gouvernementales de suspension de l'indemnisation des chômeurs de moins de 30 ans.

Ils n'avaient toutefois pas pu faire reculer l'idée du passage de l'indemnisation sous le salaire social minimal, désormais acquise, à en croire le dernier faisceau de mesures lancées en décembre 2009.

Cette idée d'activation avait permis une propagande politique qui cachait ses réelles intention, financières et idéologiques. C'était l'époque de la fameuse expression du ministre d'alors, François Biltgen, «Hôtel Mamma», qui serait réexploitée par le même, quatre ans plus tard, mais en sens inverse, pour justifier le rapatriement des allocations accordées aux enfants des frontaliers par la nécessité de rendre indépendants les jeunes résidents.

La présupposée dépendance des jeunes envers leurs parents qui mènerait à l'oisiveté taisait les réelles raisons d'une progression du chômage tout comme la réelle raison de l'inefficacité de l'Adem (son sous-financement chronique). Pour preuve, le rapport spécial de la Cour des comptes montre qu'un quart des chômeurs n'ont pas eu accès à la convention individualisée d'activation, qui devait constituer la panacée pour réintégrer le marché du travail.

En revanche, les sanctions instituées à cette époque ont été largement exploitées: 5.799 radiations d'un mois ou d'une semaine touchant 2.849 personnes durant les dix premiers mois de l'année 2009. Et 2.063 avertissements ou sanctions pour les demandeurs d'emploi non indemnisés, lit-on dans le même rapport.

À quelques mois de la disparition de l'activation, concept créé dans les officines de l'OCDE, relisons cet extrait de son édition 2006 de «Perspective de l'emploi», qui pourrait éclairer le fond de l'affaire: «Les réformes structurelles, qui commencent par générer des coûts avant de produire des avantages, peuvent se heurter à une opposition politique moindre si le poids du changement de politique est supporté dans un premier temps par les chômeurs. En effet, ces derniers sont moins susceptibles que les employeurs ou les salariés en place de constituer une majorité politique capable de bloquer la réforme, dans la mesure où ils sont moins nombreux et souvent moins organisés.»


Jérôme Quiqueret

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