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Un couple, une Europe

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D’ici le sommet européen du 9 décembre, le couple Sarkozy-Merkel devrait présenter ses propositions de révision des traités européens. Le but affiché est de créer les conditions pour une plus forte intégration des politiques fiscales et budgétaires au sein de la zone euro, ce qui sous-entend un abandon de pans de souveraineté.

Ce renforcement du pacte de stabilité, qui fixe les limites de l’endettement et du déficit budgétaire des pays de la zone euro, se traduirait par des sanctions automatiques et plus rapides envers les pays «laxistes». En d’autres termes, la chancelière souhaite la mise en place de mesures de prévention pour qu’une crise telle que celle que traverse actuellement l’Europe ne puisse plus se reproduire.

L’intention n’est pas forcément mauvaise, mais elle n’est pas sans rappeler de mauvais souvenirs et provoquer quelques sueurs froides. Chez Jean Asselborn, notamment, qui a publié dans le Handelsblatt une lettre ouverte à Angela Merkel sur cette question de révision. Il faut dire que les «non» néerlandais et français de 2005 ont marqué les esprits. Non sans raison, puisqu’une nouvelle révision des traités impliquerait ici ou là de nouveaux référendums et la montée en puissance d’intérêts divergents. Le véritable écueil n’est pas à ces niveaux mais sur le timing. Est-il vraiment nécessaire d’ouvrir maintenant la boîte de Pandore?

S’il faut s’attaquer aux causes d’un accident pour éviter qu’il ne se reproduise, la première urgence est de s’occuper des blessés. Et donc de trouver les moyens d’enrayer la montée en puissance de la crise. Et à ce niveau, Angela Merkel n’a pas fait preuve d’angélisme tant elle a freiné la mise en œuvre des décisions à prendre pour sauver la Grèce ou en s’opposant à ce que la Banque centrale européenne puisse racheter de la dette publique alors qu’il existe un consensus autour de cette proposition.

Et Nicolas Sarkozy lui a emboîté le pas pour sortir la France du tropisme des pays du Sud et sauver son triple A.

Tout comme Angela Merkel, qui doit faire avec les eurosceptiques de sa majorité et la Cour constitutionnelle intransigeante, Nicolas Sarkozy est lui aussi bloqué par sa politique intérieure, en l’occurrence une campagne électorale. Même s’il n’est pas officiellement candidat, face à un François Hollande qui caracole en tête des sondages, il n’a d’autre choix que d’occuper le terrain international et européen pour que son triste bilan économique n’occupe pas le devant de la scène.

Certes, le couple franco-allemand a été et reste toujours un moteur essentiel de la construction européenne. Mais est-ce réellement une Europe dessinée par Berlin et Paris que veulent les Européens à l’heure où, crise aidant, on se dirige de toute façon vers plus de fédéralisme?

Malheureusement, le message actuel ouvre peu de perspectives pour les citoyens européens. Entre intérêts nationaux et volonté des grandes puissances, ce sont pourtant les Européens qui payent les pots cassés. Ils devraient avoir leur mot à dire puisque la crise a montré que la monnaie unique ne se suffit pas à elle-même, qu’elle doit s’accompagner d’une gouvernance économique. Et donc d’un exécutif qui, très démocratiquement, doit être directement du ressort des citoyens européens.

Jacques Hillion

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