Un sacré enjeu
L’approche de l’agence de notation américaine Standard & Poor’s, laquelle a d’ailleurs pris de vitesse sa concurrente Moody’s, menaçant les pseudo-bons élèves de la zone euro qui tiennent à leur triple A comme à la prunelle de leurs yeux, est des plus intéressantes et à plus d’un titre.
Pour preuve:
1) En laissant planer un doute sur l’avenir de l’Allemagne, la France, l’Autriche, la Finlande, les Pays-Bas et le Luxembourg, Standard & Poor’s hypothèque de facto le fonds de sauvetage européen péniblement mis en place.
2) La «rating agency», dont nul ne connaît vraiment les commanditaires, pèse directement sur la politique européenne à deux jours du énième sommet «de la dernière chance» et apporte la preuve qu’un groupe de lobbyistes privés d’Outre-Atlantique impose ses vues sur les décisions des Etats européens au mépris total des peuples qui les composent.
3) Dans les sphères politiques, et surtout dans celle de la haute finance, nul ne s’est montré surpris, preuve que tous savaient et que tous se préparent depuis un moment à des changements structurels qu’on cache encore à l’opinion publique.
Pourtant, la chose est aisée à comprendre:
1) Les politiques européens qui ont complètement échoué depuis 2008 en faisant systématiquement les mauvais choix préparent le terrain en parlant de discipline budgétaire, de rigueur, d’endettement à réduire.
2) Les mêmes se servent des médias godillots pour vendre leurs théories.
3) Ils font semblant d’ignorer qu’une énorme partie d’échecs est engagée par les milieux financiers pour gagner des sommes fabuleuses, mouvement voulu aux Etats-Unis qui est en train de remettre les Européens à la place qu’ils leur ont toujours donnée, celle d’un petit frère obéissant. Précisons ici que ce n’est pas l’administration Obama qui est en cause, car elle-même est réduite à faire ce que les influents et à peine occultes groupes de pression exigent d’elle.
Quel marché est ciblé?
Après le scandale des subprimes (jamais condamné par Moody’s, Standard et Cie), celui de l’immobilier, après les fonds douteux, les faillites bancaires et avant le scandale encore à venir des cartes de crédit, il s’agit désormais de mettre la main sur tous les marchés possibles et celui des retraites européennes.
On ne tardera pas à nous faire part qu’une «analyse poussée» des dettes des Etats européens aurait mis au jour que celles-ci perdureront fatalement, puisqu’elle comporte un élément stable à long terme, à savoir le financement des régimes de retraites. Les mêmes qui expliquent aujourd’hui que la population serait prête à «resserrer la ceinture» expliqueront demain que la population devra contracter des assurances privées pour s’assurer une pension.
Avouons que la réaction, dès mardi, du directeur de l’ABB-L nous a fait éclater de rire.
Citons: «Les arbres ne poussent pas dans le ciel... Le pays doit faire à ses problèmes. L’un d’entre eux est, par exemple, le système des retraites.»
En voilà au moins un, d’honnête d’homme, puisqu’il a vendu la mèche sans ambiguïté. Car c’est bien ce qui est visé par les spéculateurs.
Point n’est besoin, par les temps qui courent, d’être gaulliste ou révolutionnaire pour clamer haut et fort que le moment est venu pour les citoyens de réagir et de désavouer les fossoyeurs des classes moyennes, les fossoyeurs de la fonction publique, les fossoyeurs du modèle social à l’européenne et à la luxembourgeoise.
Et qu’on en finisse avec ce couple d’incapables qualifié de «Merkozy» qui conduit l’Europe à sa perte.
Danièle Fonck
Et les Grecs?
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