Nouvelle Union?
De l’accord intergouvernemental sur le renforcement de la discipline budgétaire conclu à Bruxelles vendredi dernier, on retient principalement le rôle du Premier ministre britannique, David Cameron, qui, de fait, a placé le Royaume-Uni sur le banc de touche.
L’histoire jugera si la volonté de privilégier les intérêts nationaux tout en bénéficiant des libéralités du marché unique est viable sur le long terme.
La nouvelle union économique prônée par Merkel et Sarkozy se construira à 26 avec les eurosceptiques Suède, Hongrie et République tchèque mais aussi avec le Danemark, qui bénéficie pourtant, comme le Royaume-Uni, d’un droit à rester à l’écart de la monnaie unique.
Ce énième sommet de la dernière chance, depuis que la crise de la dette grecque a plongé l’Europe dans le désarroi, a finalement ouvert le chemin à une nouvelle étape de la construction européenne. Le pas effectué par les 26 est important – surtout après les hésitations, voire l’absence de décisions, qui ont été la marque de fabrique de la gestion de la crise depuis 2010 – car il ouvre la porte à un début de gouvernance économique que d’aucuns qualifient rapidement de fédéralisme.
En s’engageant à ne plus dépasser le plafond de 3% du produit intérieur brut de déficit sous peine de sanctions, les 26 ont dressé un cadre pour que les dérapages financiers, qui ont été le détonateur de la crise, ne puissent plus se reproduire. Ce signal implicite à la Banque centrale européenne devrait lui permettre d’intervenir plus facilement pour racheter de la dette des pays les plus fragilisés.
Reste que l’inflexibilité dont a fait preuve Angela Merkel, et notamment son refus des euro-obligations ou celui d’augmenter les moyens du fonds de sauvetage permanent de la zone euro, limite les interventions contre la crise.
S’il y a là une esquisse de gouvernance, force est de constater qu’elle est tournée vers les marchés puisqu’elle a essentiellement pour but de calmer la tempête qu’ils entretiennent avec les agences de notation.
S’il n’est même pas certain que les marchés soient apaisés par cette décision, pour les Européens, il y a une certitude. Celle de l’officialisation d’une politique de rigueur budgétaire qui implique une rigueur sociale tout aussi rigide. Tenir le déficit dans la marge des 3% du PIB, tel que cela a été défini par le traité de Maastricht, revient à réaliser des économies au niveau du service public, risque de grever les investissements et de limiter la redistribution des revenus.
Autant de conséquences qui, d’un point de vue purement économique, peuvent freiner le retour à la croissance. Et laisser nombre d’Européens sur le bord du chemin de la construction européenne. Car ce qui se dessine, c’est une Europe certes plus intégrée mais au niveau des seuls gouvernements qui décident, dans le huis clos bruxellois, de ce qui est bon pour l’avenir. Il est dès lors fort probable que l’Union européenne soit de plus en plus assimilée à la rigueur par des électeurs européens qui, pour ne pas avoir été consultés, pourraient être tentés de s’en éloigner et d’alimenter une montée du souverainisme.
Rassurer les marchés est une chose. Rassurer les Européens n’est pas pour autant antinomique mais, une fois encore, l’économie a prévalu.
Jacques Hillion
Et les Grecs?
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