Que reste-t-il...
Que reste-t-il de nos 20 ans? Les Cassandres annoncent que la crise redoublera en 2012 et on ne peut s’empêcher de fredonner: qu’avons-nous fait au fil du temps? Pendant les décennies glorieuses où la croissance moyenne flirtait avec les 6%.
Le Luxembourg n’a pas profité de la manne financière et de sa petite taille pour devenir une référence en matière d’environnement, par exemple. Le mouvement déclenché par l’opposition à l’implantation de la centrale de Cattenom dans les années 80 aurait pu se traduire par un pas décisif vers les énergies alternatives.
Ou du moins vers l’économie des ressources naturelles. Sans parler de la construction écologique, dans un pays qui grandit d’une ville tous les dix ans.
Pas de Grand-Duché exemplaire en matière de transports en commun non plus. Loin de là. Voyez le temps et les tractations politiques qu’il faut pour faire passer un tram sur un pont!
Pas de système scolaire d’exception non plus. Pas de domaine de recherche de pointe.
Non, les gouvernements successifs, comme surpris par le succès, ont d’abord gardé «une pomme pour la soif», fruit préféré du ministre des Finances, Luc Frieden. Une partie a été distribuée, aléatoirement parfois. Et le reste a servi à courir après l’évolution tant de la démographie que de l’économie et de la société.
Il serait facile de blâmer le manque de vision sans évoquer l’ampleur de la tâche.
Car le Duché, tout Grand qu’il se présente, a bien de la peine à se muer en Etat moderne. Le découpage communal «comme au temps des diligences» bouge à peine alors que la réforme administrative tente de s’imposer depuis trois législatures. Le moindre marquage routier vire au cauchemar quand il s’agit de décider si la chaussée est communale ou nationale.
Idem pour un système de santé hérité des œuvres religieuses avec une organisation libérale au possible, pour ne citer que deux exemples.
Aujourd’hui, le gouvernement tente de rattraper le retard tant bien que mal. Et argumente sa prudence par l’incertitude qui plane sur l’économie mondiale. L’argument était sensiblement le même quand la croissance était au rendez-vous.
C’est qu’au fond d’eux-mêmes les politiciens sont bien conscients que le Luxembourg est un tout petit Etat, né de la volonté de quelques puissants, qui a su tirer le meilleur de son histoire. Et qui garde, au fond de son âme, la crainte diffuse de disparaître comme il est apparu.
D’où les levées de bouclier dès que le secret bancaire est attaqué ou que notre Jean-Claude national est rudoyé par les voisins européens. Ce n’est pas le secret qu’on défend, ni l’honneur du Premier ministre, mais l’adjectif «luxembourgeois» qui y est accolé.
Rien de tel qu’une politique-fiction pour prendre du recul. Dans La Troisième Crise (éditions Phi), l’auteur-scénariste-chroniqueur Jean-Louis Schlesser dépeint un pays déserté par les fonctionnaires européens avec pour conséquence une terrible crise immobilière. La Place s’est elle aussi effondrée et les frontaliers ont quitté le pays, le chômage affiche 25%.
Que reste-t-il… Qu’avons-nous fait au fil du temps…
Laurence Harf
Et les Grecs?
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