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L'heure du changement

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«Le changement, c’est maintenant.»

Ce pourrait être une résolution qui accompagne l’an neuf et qui, souvent, ne reste qu’un vœu pieux.
Ou un slogan de campagne électorale.
En tout cas, ça en a la sonorité et la teneur.
Mais pour le moment, ce n’est qu’une lettre. Celle que François Hollande vient d’adresser aux Français.
Après le passage à vide qui a suivi son investiture le 16octobre, le candidat socialiste à la présidentielle reprend ainsi l’initiative en présentant un texte qu’il aura tout le loisir de développer jusqu’au premier tour, le 22 avril.
Il y a bien sûr – c’est de bonne guerre – des attaques directes contre le président sortant enfermé dans sa tour d’ivoire élyséenne, «les politiques injustes et stériles menées depuis dix ans, les fautes économiques et morales de ce dernier quinquennat».
Au-delà de cet aspect, qui dévoile cependant une personnalité plus offensive que ce qu’il pouvait laisser à penser jusque-là, François Hollande ne se contente pas de fustiger une politique, de constater les maux qui frappent la société française – du chômage à l’insécurité en passant par un pacte social «attaqué» ou une République «méprisée dans ses valeurs».
Il dénonce également les fauteurs de crise: «la mondialisation débridée, l’arrogance et la cupidité des élites financières, le libéralisme effréné, sans oublier l’incapacité des dirigeants européens à dominer la spéculation».
Avec cette lettre, François Hollande pose clairement son identité de gauche. Au point de rappeler que droite et gauche, ce n’est pas la même chose. Il ne faut cependant pas s’arrêter sur cette évidence car elle prend toute son importance au regard d’un Parti socialiste qui, plutôt que d’affirmer ses spécificités, défendre ses valeurs, a préféré des années durant chercher ses électeurs sur des thèmes chers à la droite.
Un des drames de l’époque actuelle est de ne plus savoir distiller d’espoir. La puissance d’une politique néolibérale puis la crise ont eu raison des idéaux. Au mieux, elles provoquent colère et indignation, qui n’ont pas encore débouché sur un engagement organisé.
François Hollande préfère, quant à lui, renouer avec la tradition sociale-démocrate qui consiste à concilier réalité et idéal et définir les valeurs et principes qui seront les moteurs de sa campagne, voire de sa présidence.
En fait, le candidat socialiste a livré un vrai texte politique. Il lui reste à le décliner en mesures et propositions concrètes qu’il aura tout le loisir de confronter à celles de ses adversaires.
A l’heure où la distance avec la classe politique est à son paroxysme, François Hollande tente de la réduire. Il n’a pas tort quand on sait qu’en 2002 l’irruption de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle était notamment due au fait qu’une large majorité d’électeurs ne faisait pas de différence entre les projets respectifs de Lionel Jospin et de Jacques Chirac. Mais il y a encore du pain sur la planche puisqu’à ce jour, selon un sondage, près d’un Français sur deux ne ferait confiance ni à François Hollande, ni à Nicolas Sarkozy, les deux favoris de la course à l’Elysée. 

Jacques Hillion

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