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Pauvre standard

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Elle l'avait annoncé, elle est passée à l'acte ce 15 janvier.

L'agence de notation Standard & Poor's a abaissé la note de neuf pays dont la France et l'Autriche, qui, en perdant leur triple A, laissent le Luxembourg, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande dans le groupe de tête.
Et peu importe que les agences Fitch et Moody's ne lui emboîtent pas le pas, le mal est fait. Standard & Poor's a allumé un incendie dans l'ensemble de la zone euro et, qui plus est, se pose en donneuse de leçons en expliquant que la réponse à la crise donnée par les chefs d'Etat et de gouvernement européens n'est pas la bonne.
Quelle est la légitimité de cette toute-puissance outrancière qui fait trembler des Etats souverains, met en péril la monnaie unique et la construction européenne?
Elle n'est assurément pas démocratique et reste inexplicable pour le commun des mortels. Lequel est pourtant en droit de se demander pourquoi ces mêmes Etats ne font rien pour limiter la capacité de nuisance de ces agences puisque, les mois et les années passant, elles ne font qu'alimenter la crise et motiver des cures d'austérité. Les politiques ne sont pas en reste. A trop lorgner sur un triple A, à trop le défendre coûte que coûte, ils se décrédibilisent et finalement montrent qu'ils n'ont à leur disposition qu'une marge de manœuvre réduite, un pouvoir limité.
Même si Standard & Poor's précise que la crise de l'euro s'explique surtout par un écart de compétitivité et que, dans leur lutte contre la crise, les pays se concentrent trop sur la réduction des déficits budgétaires excessifs, le champ des possibles est borné par l'austérité, les coupes budgétaires, des services publics anémiés…
La machine à sabrer les acquis sociaux est en route et rien ne semble pouvoir l'arrêter.
Au Luxembourg, pays qui est pourtant loin de faire partie des moins bien lotis, la discussion sur l'indexation des salaires en est un exemple.
Les socialistes viennent ainsi de monter au créneau pour soutenir le plan gouvernemental de modulation de l'index, qui prévoit un délai minimal de douze mois entre deux tranches indiciaires. Ce ne serait pas une mesure d'austérité, plutôt le maintien d'une mesure sociale qui fait figure d'exception européenne.
Soit, mais, comme le relèvent les syndicats, il s'agit d'une modification structurelle du système d'indexation et surtout d'une remise en cause d'un instrument de paix sociale qui, en garantissant jusqu'à présent le pouvoir d'achat, avait pourtant fait ses preuves. D'ailleurs, depuis quand une compensation ex post serait-elle un cadeau?
En s'imposant comme elles le font, en sanctionnant les politiques économiques, les agences de notation semblent tracer un chemin dont il n'est pas possible de s'écarter. Le risque est que ce tour de vis imposé, et largement incompris, nourrisse non seulement des inquiétudes mais aussi des ressentiments, terreau propice à la montée du populisme.
Face à la crise et à la pensée unique qui en découle de fait, il est nécessaire que le politique se réinvente car il est inconcevable en démocratie qu'un élu se laisse dicter une politique déterminée par des institutions hors de contrôle.
Des alternatives sont possibles, mais pour cela il faut écouter la voix des citoyens et non plus celle des agences de notation. 

Jacques Hillion

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