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Et les Grecs?

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Lundi matin, Athènes se réveillait avec l'odeur du gaz lacrymogène dans l'air et l'Europe avait la gueule de bois.

 Il s'est passé quelque chose cette nuit du 12 au 13 février. Pas seulement le vote des députés grecs, qui ont approuvé un énième plan d'austérité peu avant minuit. Il y a eu 100.000 personnes dans la rue. La population grecque, parfois en famille, souvent violemment – une dizaine de bâtiments historiques et une quarantaine de magasins ont été incendiés – est venue témoigner de sa colère face à une politique ressentie comme injuste et absurde, qui met le pays à genoux (recul de 6,8% du PIB en 2011).
Et c'est comme si le regard porté sur ce pays par les «vertueux» Européens avait changé. Ils ne dénoncent plus seulement les fraudeurs qui ont menti pour entrer dans la zone euro, ni les politiciens trop faibles et clientélistes pour diriger l'Etat. Ils voient désormais les victimes d'une mauvaise politique qui ne peut qu'alimenter la dette. Des économistes montent au créneau pour mettre le doigt sur la chute libre de l'économie et le danger de cassure sociale.
Et déjà se dessine le risque de contamination. Aujourd'hui, la Grèce, demain le Portugal – qui connaît déjà des manifestations massives –, après-demain toute l'Europe qui ploie sous le joug des économies budgétaires, croissance en panne?
Le débat sur la dette se concentre de plus en plus sur la façon de ranimer l'économie. En injectant de l'argent via la BEI? Au risque de voir la Banque européenne d'investissement dégradée par les agences de notation?
Dans les milieux diplomatiques, on murmure que certains membres de la zone euro font tout pour pousser la Grèce hors de la monnaie unique. L'Eurogroupe réclame déjà 325 millions d'euros de plus d'économies.
Et les Grecs? Ils comptent les commerces qui ferment – une entreprise sur quatre a déposé le bilan depuis 2009 –, les retraites qui rétrécissent, le chômage qui touche les amis, les voisins, les enfants. En attendant pire, peut-être le retour de la drachme. Le troc fleurit. L'immigration, notamment vers l'Australie, attire à nouveau les jeunes, de plus en plus diplômés. D'autres regagnent la campagne. La crise ne touche pas encore trop le logement, dans un pays où 80% des ménages sont propriétaires au moins d'une maison dans leur village d'origine à la campagne ou dans les îles. Nombreux sont ceux qui ont retiré leur argent des banques pour en vivre au quotidien. Que se passera-t-il lorsque les économies seront épuisées?
L'ennemi désigné est surtout l'Allemagne, avant l'Europe. Le coupable est l'euro (même si certains voient dans le sigle de l'euro la lettre grecque epsilon). Les Grecs espéraient que l'adhésion à la monnaie unique leur apporterait la croissance, par mimétisme, en quelque sorte, des autres pays membres. Mais les Hellènes n'auraient imité que le style de vie consumériste (et à crédit) des pays «moteurs».
Des voix s'élèvent pour dénoncer un autre enjeu: les ressources naturelles, à commencer par le gaz mais aussi l'énergie solaire. La faillite du pays permettrait aux bailleurs de fonds, Allemagne en tête, de se servir librement.
Beaucoup de Grecs ne croient plus au chantage européen. Ils ont sans doute raison, car l'Europe ne peut pas laisser sombrer la Grèce. Un échec signerait la fin du pouvoir politique et le début de la prise du pouvoir par la finance dans toute l'Europe. La crise de la dette n'est pas près de se terminer mais elle prend, espérons-le, un nouveau tournant. Il est temps de reconnaître les erreurs commises. 

Laurence Harf

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