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L'ascenseur social

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On le dit en panne, pour cause de crise, l'ascenseur social.

Non, il n'est pas en panne, il descend. C'est peut-être cela qui fait le plus peur aux populations aujourd'hui. Du moins dans nos pays qui, après la Seconde Guerre mondiale, ont eu la chance de connaître et de vivre une certaine abondance.
Oui, il y a eu un temps où les fils ou les filles d'ouvriers ou de petits employés pouvaient aspirer à des temps meilleurs. Il suffisait de consentir quelques sacrifices, mais cela avait un sens. Ce que les parents n'avaient pas pu réaliser, leurs enfants le réaliseraient. La démocratisation de l'école y a été aussi pour quelque chose. C'est ainsi que l'ascenseur social s'est mis enfin à monter, alors qu'on croyait à tout jamais que le destin figerait les situations vers le haut. Il y avait un avenir. Et il ne pouvait être que meilleur. Les sacrifices que cela demandait n'étaient pas vains.
Et aujourd'hui? Quels parents pensent encore que leurs enfants auront une vie meilleure que la leur? Qui offre encore un avenir à la jeunesse?
Voilà un dégât collatéral de la crise qu'on ne prend pas assez en compte. L'angoisse de l'avenir s'est installée dans les têtes. Il n'y a pas si longtemps, quiconque avait un emploi, et c'était presque tout le monde, du moins dans ces pays nantis que sont le nôtre et ceux qui nous entourent, avait également une rampe de lancement stable pour construire l'avenir. L'avenir était planifiable. Aujourd'hui, c'est un tunnel dont la sortie est bouchée. Les parents craignent pour leur emploi, pour leur pouvoir d'achat, pour leur retraite. Ils transmettent cette crainte à leurs enfants, qui se demandent à quoi bon étudier si c'est pour déboucher dans l'incertitude.
On parle peu de la dimension humaine, quand on jongle avec les chiffres et les courbes de la crise. La dimension humaine, de toute manière, ne pèse pas lourd dans les décisions que prennent les dirigeants politiques et économiques. Leur boussole s'oriente vers d'autres valeurs.
Que cela fasse trembler l'équilibre psychologique de millions de citoyens ne fait pas partie de leurs préoccupations. Il leur suffit que la règle d'or soit appliquée. Ils oublient par là qu'ils posent une bombe à retardement dans nos sociétés. Un ascenseur social qui descend, sans espoir aucun de remonter, creuse des brèches dans la cohésion sociale.
Quand l'avenir n'a pas de grandes chances d'être rose, le présent est chancelant. Il est dominé par le doute. Regardons les choses en face: le doute et la peur sont, aujourd'hui, le lot quotidien de millions de citoyens.
Cela décrédibilise le travail. Cela décrédibilise l'effort.
Comment peut-on rendre crédibles, en effet, ces valeurs quand on n'offre aux adultes et à la jeunesse que de la précarité?
Les politiques menées actuellement par nos gouvernements sont démotivantes pour les citoyens.
C'est à la fois injuste et dangereux. Injuste, parce que les citoyens ne sont pas responsables de la marche folle de l'économie. Dangereux, parce qu'ils risquent de se détourner de la classe politique dite classique et de confier leur désarroi à des tribuns populistes qui, avec leurs slogans racoleurs, se sentent pousser des ailes.
Avoir une population qui doute et a peur est, pour un pays, un signe de mauvaise santé. C'est à cela que devraient penser nos dirigeants politiques. Au lieu de tomber à genoux devant les exigences des grands financiers du monde. Après tout, ce ne sont pas les financiers qui les ont élus, mais les populations.

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