Rejets
A un peu plus de deux semaines du premier tour, que faut-il retenir de la campagne électorale française?
Que les sondages donnent toujours François Hollande vainqueur même si Nicolas Sarkozy reprend du poil de la bête. Que Jean-Luc Mélenchon réalise une belle campagne et qu'il s'impose comme le troisième homme en prenant la place attribuée d'office et trop rapidement à Marine Le Pen, tandis que François Bayrou n'arrive pas à trouver la sienne et qu'Eva Joly sombre dans les oubliettes faute de savoir faire entendre sa parole.
Et après?
Pas grand-chose si ce n'est des débats surmédiatisés et sans réelle importance comme celui sur la viande halal. Même l'abominable tuerie de Toulouse, dont on disait pourtant qu'elle marquerait un tournant dans la campagne, n'a pas fondamentalement changé la donne. Contrairement à 2002, où le tabassage, savamment monté en épingle, d'un papy avait défrayé la chronique, provoqué un emballement sécuritaire et finalement amené Le Pen père au second tour. Mais en 2012, malgré notamment les efforts de Le Pen et de Sarkozy pour pointer du doigt l'immigration et l'islam, le fait divers ne paie pas. Du moins pour l'instant.
Il faut dire que, entre le chômage, le pouvoir d'achat, les prix des carburants et la crise qui rend l'avenir si incertain, les Français ont la tête ailleurs. Mais quid des propositions des candidats?
Ce n'est pas qu'elles n'existent pas mais elles sont inaudibles. Les projets de société, les rêves et les ambitions des uns et des autres se sont perdus sur les chemins de la campagne. Seul le rejet domine. Le rejet des autres, le rejet des candidats, voire le rejet de la politique. Le pessimisme l'emporte sur l'optimisme; le non sur le oui; la morosité sur l'espérance.
Certes, Mélenchon ravive l'enthousiasme d'un certain peuple de gauche qui retrouve ses racines dans son discours. Mais comme ses collègues trotskistes Philippe Poutou et Nathalie Arthaud, il est dans le rejet de la société capitaliste. A l'autre extrême, ce sont l'Europe et les étrangers qui sont accusés de tous les maux.
Au centre, Bayrou se place dans le refus de l'alternance entre les deux grands partis de droite et de gauche.
Pour les favoris, le rejet domine aussi. Les études réalisées sur les électeurs de Hollande montrent qu'ils récusent d'abord l'homme Sarkozy et, dans une moindre mesure, son bilan politique plus qu'ils n'adhèrent à la politique de leur candidat.
Quant aux partisans du président, le vote s'inscrit avant tout contre la gauche, contre les socialistes et contre Hollande, qualifié de mou et d'indécis.
L'inquiétude est la source de ce rejet. Elle est liée à l'opacité du système financier qui s'affranchit du politique et à la crise dont certains payent chèrement les conséquences.
Si on y ajoute le peu de marge de manœuvre dont disposent les gouvernements nationaux cloisonnés par le système, il n'est pas étonnant que les grands partis pâtissent de ce manque de confiance en l'avenir.
Quant à la douche froide de 2002, elle a cantonné le vote contestataire dans l'expression d'un mécontentement qui risque de favoriser non pas le vote utile mais l'abstentionnisme, marque de défiance et symbole du divorce entre le peuple et les politiques.
Jacques Hillion


Postez votre commentaire