Pays rêvé
Dans un petit mois, le 8 mai, le Premier ministre prononcera son discours sur l'état de la nation. Un discours toujours très attendu mais, peut-être, encore un peu plus cette fois-ci.
Les annonces de prévisions budgétaires déficitaires, ces dernières semaines, ne laissent aucun doute sur un nouveau paquet de rigueur. Un débat de consultation à la Chambre des députés fin mars devait servir à sonder les élus. Le ministre des Finances, au bout de cinq heures de «débat», a conclu que «la plupart étaient d'accord pour réduire les dépenses dans toutes les catégories: investissements, transferts sociaux, frais de fonctionnement de l'Etat et rémunérations des fonctionnaires».
Entre-temps a été signé l'accord salarial avec la fonction publique, en contrepartie de longues négociations sur des réformes statutaires mais à un moment pour le moins inopportun. Si ce n'est pour faire du pied à un électorat puissant.
Les autres points ne risquent pas d'être plus simples à trancher. La hausse de la TVA – incontournable au plus tard dans trois ans selon Luc Frieden – pourrait intervenir plus tôt. Sauf que les socialistes la rejettent. Tout comme l'abandon de l'ajustement des pensions. Sans parler du salaire minimum dont l'intégrité est personnellement défendue par Juncker mais remise en cause par certains confrères de son parti.
Les partenaires de coalition auront certainement profité de la trêve pascale pour bien emballer le cadeau empoisonné.
Mais le discours sur l'état de la nation devra répondre à un autre défi. Appelons-le «paix» ou «cohésion sociale» et pourquoi pas simplement «vivre ensemble». En trois années de crise, «le secret le mieux gardé» de la douceur de vivre au Luxembourg a pris du plomb dans l'aile. Plus que jamais, il est temps de tisser ces liens invisibles entre des résidents que de plus en plus de choses semblent séparer.
«Il existe un Luxembourg rêvé et un Luxembourg réel», avançait Jean-Louis Schlesser lors du premier Bistrot du Jeudi (le 29 mars).
Le pays rêvé est celui d'une population homogène, de classes sociales, d'éducations, de nationalités, de langues, de cultures équivalentes. Qui évolue dans une économie prospère. Qui fréquente les mêmes lycées, les mêmes surprises-parties «entre gens bien».
La caricature est volontairement surannée, la photo jaunie.
Mais comment décrire le «réel» de la société luxembourgeoise – ou faudrait-il pour être plus clair préciser «résidente» – en 2012? Plus de 40% de la population et plus de 50% des moins de 30 ans ne sont pas luxembourgeois. Le qualificatif «étranger» recoupe tant de réalités, de grands écarts entre les modestes émigrés non qualifiés et les expatriés auxquels le secteur financier fait des ponts d'or. En être conscient est un premier pas.
Il n'y a bien sûr pas de recette miracle à la cohésion. Dans le contexte des réformes actuelles, l'occasion est pourtant donnée de construire et de pérenniser un système social juste et surtout plus lisible. Loin de l'exemple type à ne pas suivre: maquiller le retrait des allocations familiales au-delà de 18 ans en bourses d'études réservées aux résidents, le tout sous couvert d'économies qui se révèlent au final une dépense supplémentaire.
La mesure faisait pourtant partie du premier paquet de rigueur, il y a deux ans.
Que nous réserve le deuxième?
Laurence Harf


Bien vu!
Et d'accord avec vous,
Béatrice
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