Le Pen n'a rien gagné
Que d'incongruités entendues depuis dimanche soir!
A croire que la France entière aurait basculé dans le camp des extrêmes et ne serait plus qu'une bulle de protestataires en tous genres.
Il n'en est rien, en vérité.
S'il est évident que les Français de métropole et d'outre-mer ont voté à plus de 72% contre le président sortant (les Français de l'étranger font exception à la règle, mais cela était prévisible et les raisons de leur inclination sont connues), ce vote se répartit cependant sur neuf partis différents.
Depuis que l'on connaît les résultats définitifs du premier tour, on sait que Marine Le Pen est à 17,9% et non pas à 20%, ce qui signifie qu'elle a tout juste gagné 0,1 point par rapport au dernier score de son père. Pas de victoire spectaculaire donc, ni d'expression d'un mécontentement collectif en sa faveur. Le fait que le Front national ait tout bonnement confirmé son résultat implique qu'il s'agit là d'un socle fixe et d'un vote d'adhésion à des idées structurées dans la durée.
Dès lors, les tergiversations autour des électeurs du Front prennent une autre tournure. Où donc est le sursaut républicain, par exemple du Modem ou d'autres personnalités de la droite modérée?
A l'exception de Mme Jouanno et, peu ou prou, d'Alain Juppé, on ne voit rien venir. Au contraire! Ceux qui s'étaient, en 2002, regroupés autour d'un Jacques Chirac toujours ferme et digne sur le sujet se taisent cette fois, probablement de peur de perdre un maroquin ou de voir leur avenir politique compromis.
Bonjour tristesse, n'est-ce pas?
Gagner à n'importe quel prix, cela peut-il être un objectif républicain, une démarche démocratique, un acte de morale publique?
Si oui, les mœurs ont singulièrement évolué et la démocratie française aurait de quoi se remettre en question.
Le vainqueur, à côté bien sûr de François Hollande, arrivé en tête, une première face à un président sortant, est celui que l'on qualifie de grand perdant. Oui, avec Mélenchon, le Parti communiste a retrouvé un nouveau souffle, lui qui était au plus bas. Ce fait est indéniable, que l'on apprécie ou que l'on déteste l'ex-sénateur socialiste.
Drôle de campagne effectivement que celle de 2012, où les affirmations les plus singulières ont cours. Y compris chez les candidats.
A en croire M. Copé, Nicolas Sarkozy était seul contre neuf adversaires. Comme si les dix candidats n'avaient pas été, chacun, dans cette situation... Mais plus c'est gros et mieux cela marche, apparemment, dans la communication politique. Le même aspirant-président pour 2017 dit être respectueux. Dans la même phrase (France 2, lundi 13.00h, et France 3, lundi 22.30h), il qualifie M. Hollande d'«anguille». Bon chic bon genre?
Voilà qui fait en tout cas piètre impression à l'étranger, où l'on n'a pas forcément la même indulgence ni la même interprétation du mot respect, quitte à ce que l'Académie française reste installée à Paris!
Qu'on nous permette une remarque: les amis étrangers de la France attendent d'elle qu'elle soit un beau pays, en ligne avec son passé, ses philosophes, ses écrivains, ses chercheurs, son rôle de défenseur des droits de l'Homme et sa qualité de terre d'asile. Cela n'a pas de prix, et tous les comptes de riches ne pourront remplacer une France fière, une France digne.
Les Français savent-ils cela?
Daniele Fonck


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