La politique autrement
La victoire de François Hollande, en plus d'être celle de la gauche française et de l'espoir populaire qu'elle porte, inaugure surtout une nouvelle façon de faire de la politique.
Ou, pour le dire plus exactement, elle replace la politique sur un terrain qu'elle n'aurait jamais dû quitter. Celui de la sobriété, de la simplicité, de la compétence. Trois qualités devenues rares par les temps de bling-bling et de paillettes qui courent.
La première mesure prise par les nouveaux venus, celle de revoir à la baisse les salaires du président et de tous les ministres, tranche, dans ce sens, avec l'attitude scandaleuse du président sortant qui, de Fouquet's en yacht rutilant, n'avait rien trouvé de mieux à faire que d'augmenter son propre salaire de 170% et d'alléger la charge fiscale de ses amis du CAC 40.
Il y a là des signaux qui ne trompent pas: le nouveau locataire de l'Elysée s'est aligné sur les besoins que ressentent les citoyens, alors que l'ancien lorgnait du côté des riches et aspirait à jouer dans la même cour qu'eux.
La deuxième mesure de l'ère Hollande est tout aussi emblématique: elle concerne la parité hommes-femmes au gouvernement. Il s'agit là d'une première historique. Jusqu'ici dominait l'idée que la classe politique n'était pas prête à ce que les femmes trouvent leur juste place dans la direction des affaires. Et si elle ne l'était pas, c'était parce que les caciques des partis politiques n'étaient, eux, pas près de céder leur chasse gardée.
Or, la parité fait en même temps surgir des têtes nouvelles et renvoie aux vestiaires les éléphants, ces vétérans qui ont marqué la vie politique pendant des décennies. C'est rafraîchissant.
Permettre de nouveau à ceux, parmi les citoyens les plus fragiles, ayant commencé très tôt à travailler, de partir à la retraite à soixante ans est un autre signe qui ne trompe pas. De même qu'abroger certains décrets pris à la va-vite, comme celui concernant l'humiliante évaluation des profs. Et s'en prendre aux dépassements d'honoraires des médecins va dans la même direction. Un sans-faute jusqu'à présent, épousant à la lettre les contours des promesses électorales du candidat socialiste. Ce dernier est d'ailleurs, aussitôt élu, allé porter les points de son programme concernant l'Europe et l'international à ses partenaires, sans changer une seule lettre aux propositions faites pendant sa campagne. Cela a forcé les Merkel, Cameron et autres Rajoy à rabattre leur caquet, eux qui, pendant la joute électorale, avaient pris le parti de soutenir leur copain sortant et de bouder le candidat socialiste.
On s'étonnerait presque de tant de fidélité aux promesses électorales, tant on a été habitué à ce que, un peu partout, une fois élus, les dirigeants politiques oublient leurs engagements. Or, ce que fait la gauche française aujourd'hui, c'est tout simplement réhabiliter le jeu politique qui veut que les électeurs mandatent leurs représentants à prendre les mesures qu'ils ont promises.
A droite, dans les rangs d'une UMP en débandade, on ne sait quelle vilenie déterrer pour chercher la faille dans tant de rigueur et de conséquence. On invente alors des bobards crasseux comme celui qui veut que la garde des Sceaux, Christiane Taubira donc, ait affirmé que brûler un drapeau français n'aurait rien de répréhensible.
Que de bassesse dans la revanche! Alors que leur champion n'a pas hésité à s'approprier le programme de l'extrême droite entre les deux tours, voici que ses ténors, écartés du pouvoir, lancent leurs boules puantes.
Croient-ils qu'ils puissent ainsi détourner les citoyens français de confier de nouveau leurs suffrages à la gauche lors des législatives de juin? Et revenir ainsi par la petite porte aux affaires, après en avoir été éconduits par la grande?
Parions que les citoyens français puniront tant de superbe et de médiocrité en donnant à François Hollande la majorité parlementaire dont il aura besoin pour réhabiliter entièrement l'action politique.
Daniele Fonck


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