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Tout travail mérite...

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Décidément, Luc Frieden s'est trompé de parti politique.

La semaine passée, le dauphin des chrétiens-sociaux, entouré de patrons, profitait d'une table ronde pour remettre franchement en question les aides étatiques à l'acquisition de logements. Puisque les primes et subsides n'ont pas contribué à faire baisser les prix du marché, il faudrait se poser la question de leur abolition, dit en substance le ministre des Finances.

Son discours était une fois de plus volontairement provoquant. Frieden se souvient bien sûr de l'impact de sa remise en cause du salaire social minimum face aux ingénieurs luxembourgeois, en début d'année. Le Premier ministre était allé jusqu'à en distribuer le verbatim à la presse, flanqué de son exégèse personnelle.

Juncker qui répétait pourtant à l'envi qu'on ne saurait glisser une feuille de papier entre les deux hommes tant il se sent proche de son successeur aux Finances.

Frieden s'émancipe. Et laisse s'exprimer sa fibre libérale.

Mais son attaque contre les aides au logement peut surtout être lue comme une réponse à l'Union des entrepreneurs, laquelle argumentait, pile une semaine plus tôt, en faveur d'une hausse de ces aides qui leur permettraient de baisser les salaires. L'Etat n'a qu'à assumer la différence. Un peu moins en salaire un peu plus de subsides et le pouvoir d'achat est sauvé. Vraiment?

Jusqu'où pourra-t-on aller en ce sens? Jusqu'à quel point pourra-t-on rendre virtuelle la valeur du travail?

Selon les patrons cités plus haut, le salaire minimum ne correspond plus à ce que produit le salarié qui le touche. Le salarié en question lui opposera évidemment le coût de la vie. A l'Etat de faire tampon. Pas facile quand on martèle que les caisses sont vides.

L'UEL revendiquait dans le même souffle un statut unique entre les secteurs privé et public pour unifier le marché du travail.

Voilà la solution: transformons tous les salariés en fonctionnaires, au rabais évidemment, et les employeurs n'auront qu'à se servir dans cette réserve de main-d'œuvre rémunérée par les fonds publics. L'Etat fera ensuite ses comptes et se payera via un système d'imposition des entreprises. A moins que tous les services publics ne soient privatisés. Le mouvement est déjà entamé dans nombre de communes et ne se limite pas au secteur de l'énergie tant décrié.

En toute état de cause, l'opposition contre un secteur protégé, supposé trop payé, ne date pas d'hier. Et si ces dernières années les fonctionnaires sont dans le collimateur des employeurs du privé, il n'y a pas si longtemps, c'était la sidérurgie. «Un ouvrier non qualifié a toujours touché un salaire plus élevé qu'un artisan dans une PME», rappelait l'eurodéputée schifflangeoise, Astrid Lulling, dans un débat parlementaire sur l'égalité des salaires. Avant, les coiffeurs partaient travailler à l'usine. Aujourd'hui, à l'Etat.

Dans notre dernière édition (pages Horizons), Jorge Leite, un spécialiste portugais du droit du travail, plaidait pour une définition de la valeur du travail au-delà de l'aspect purement monétaire. Et citait comme autre référence l'exploitation du temps consacré au travail. De quoi ouvrir de nouveaux horizons, loin des provocations des uns et des frustrations des autres.

Mais ce n'est sans doute pas à ça que pensait l'UEL en réclamant une table ronde sur l'avenir du pays.

Laurence Harf

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