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Sens politique

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«Politique» et «service public». Y a-t-il de plus belles notions? De plus malmenées aussi…

Passons rapidement sur la démonstration livrée par les hommes politiques luxembourgeois à la Chambre des députés dans le cadre des accusations de collusion entre politiques et promoteurs privés autour du stade de foot à Livange. Une bonne partie du temps de parole a été consacrée à savoir si tel ou tel reproche, à défaut d'explication, était passible d'une plainte pour diffamation. Le Premier ministre a à nouveau agité le chiffon rouge de sa démission. Puis, l'apothéose, quand le ministre de l'Intérieur, qui en est tout de même à son deuxième mandat, confesse penaud qu'il ne retéléphonerait plus à une banque, même détenue par l'Etat, pour demander des renseignements sur un compte privé.

Résultat des courses: le gouvernement met en tête de son ordre du jour, ce 20juin, la création d'un code de déontologie. Un mode d'emploi censé encadrer le manque de sens de la décence et du devoir, en quelque sorte.

A la décharge des intéressés, la situation particulière du Luxembourg, qui peut projeter un pharmacien, une animatrice télé et deux anciens joueurs de foot (pour ne citer que quelques exemples) simultanément au gouvernement, peut effectivement poser la question de l'encadrement de la fonction de ministre. En Grèce, la question se pose à un autre niveau. La Grèce, qui intrigue tant et prête le flanc aux pires caricatures depuis le début de la crise de la dette. Mais alors que de ce côté-ci de l'Europe on ne fait que scruter les chiffres du déficit galopant et des maigres rentrées fiscales, devisant sur une rallonge – de temps ou d'argent – à offrir à «ces pauvres Grecs», sur les bords de la mer Egée les esprits s'échauffent.

«Ce n'est pas une crise de l'euro, ni même de la dette, c'est une crise de l'Etat. De l'absence d'Etat», tempêtait une journaliste athénienne sur France Télévisions.

Dans une Europe bâtie sur la règle et le droit, un Etat défaillant – pour raisons historiques, de corruption –, ça fait désordre.

Les Echos relayaient, la semaine passée, l'exemple des chemins de fer: 2.500 km de réseau qui assurent 0,5% du transport des voyageurs et 2,5% pour les marchandises. Avant la crise, les recettes annuelles tournaient autour de 100 millions d'euros, alors que les dépenses annuelles atteignaient… 1milliard d'euros. Pour chaque voyageur qui prenait le train et payait environ 5 euros, la collectivité devait débourser 45 euros (dans de nombreux pays, dont la France, le taux de couverture par les clients est de 50 à 60%, ici: 10%). En 2009, la dette des chemins de fer atteignait plus de 10 milliards d'euros. Ce qui n'a pas freiné les investissements dans de nouvelles lignes, soutenus par l'Union européenne. Pour Les Echos, «on retrouve là, en réduction, tous les ingrédients de la crise grecque»: le soutien public à une activité inefficace, l'embauche politique en masse de salariés très bien payés, la fuite en avant dans un endettement qui fait boule de neige. Entre-temps, la moitié des employés des chemins de fer ont perdu leur emploi. Mais ce n'est pas ce qui inquiète le plus les Grecs. Dimanche passé, le parti fasciste Aube dorée a fédéré 8% des électeurs et jusqu'à 25% des militaires. Un parti qui prône ouvertement la violence comme action politique et qui a d'abord pris racine dans les quartiers où il s'est substitué à la police défaillante. «Chaque jour, dans les rues d'Athènes, le sang des immigrés coule», témoignait encore la journaliste.

A quand un plan de sauvetage pour la politique?

Laurence Harf

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