Les meilleurs juste suffisants
Fait de la mondialisation, certes, conséquence surtout de l'intégration européenne et de l'extension de l'UE à 27 Etats membres: le Luxembourg, s'il ne rétrécit pas en taille, reprend sa juste place sur l'échiquier politique.
Son relatif succès économique, même s'il aiguise appétits et jalousies, n'y change pas grand-chose.
Pour exister et compter au milieu des «grands», il lui faut être créatif, innovateur, talentueux autant que vertueux. Ce qui implique un devoir d'excellence à tous les échelons de la société et la désignation à tout poste de responsabilité des meilleurs éléments disponibles.
La bonne société et le bon peuple peuvent jaser sur l'ancien haut fonctionnaire et déjà presque ex-président de la BCL. Ils peuvent ou non partager son approche, souvent d'ailleurs provocatrice, de la politique économique et sociale du pays. Une évidence demeurera: Yves Mersch, si fichu caractère eût-il, fait partie de cette «short-list» des meilleurs, et sa nomination au directoire de la Banque centrale européenne fera honneur au Luxembourg.
Il en va de même de son successeur pressenti, Gaston Reinesch. Brillant, fin, cultivé, connu pour son humour comme pour ses coups de colère, il est de la race de la haute technocratie qui fait la force des gouvernements qu'elle sert. Ce grand commis de l'Etat, ardent et vigilant défenseur des intérêts luxembourgeois au sein de la BGL BNP Paribas (le gouvernement aura du mal à trouver aussi courageux et têtu que lui à la présidence de la banque), fut aussi – entre autres – un président actif, soucieux de justice, d'équilibre et plein de bon sens à la tête des P&T, sans aucune complaisance pour la direction quand celle-ci n'avait pas lieu d'être. Une attitude assez rare pour être soulignée.
Des hommes (et femmes) de caractère: un atout. Quand il est doublé de l'intelligence et de la faculté d'analyse et du souci de cohérence dans l'intérêt public et celui de la société luxembourgeoise, on en redemande...
Oh, la liste n'est pas exhaustive. Le directeur du Statec et quelques autres conseillers de premier plan en font partie. Quelques nouveaux arrivants aux responsabilités ont besoin de faire leurs preuves, à commencer par leur volonté d'indépendance et leur liberté de pensée.
Cela ne suffit pas!
Plus un pays est petit et plus il a besoin de citoyens engagés et à la pointe de leurs métiers respectifs. Il en résulte l'obligation d'un système scolaire exemplaire, exigeant, oui, osons le dire, partiellement élitiste. Car sans élites pour tirer les autres vers le haut, point de salut collectif.
Or ce n'est pas le chemin que nous prenons. Une intégration largement ratée, une ségrégation latente et un nivellement vers le bas forment la réalité au quotidien. Et à ce jour, la création de l'Université du Luxembourg (où du reste de plus en plus d'enseignants sont allemands alors que l'équidistance vis-à-vis de la France et de l'Allemagne fut de tout temps une exigence historique) n'a pas servi, voire a contribué, à inverser le courant des choses.
Hélas! Le Luxembourg persiste à faire perdurer une vieille faiblesse: il y a des tabous que nul n'arrive à briser parce qu'il faut – n'est-ce pas? – être «politiquement correct». C'est-à-dire être lâche, éviter le débat public, étouffer dans l'œuf les discussions démocratiques.
La conséquence est écrite d'avance. Ce sera une montée de la xénophobie et l'éclosion du «bas de gamme».
Danielle Fonck


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