Révolution syndicale
Le nom de John Castegnaro restera à jamais gravé dans l'histoire sociale du Luxembourg.
JACQUES HILLION
Et à l'heure de sa disparition, à l'âge de 67 ans, l'homme est unanimement salué par les syndicalistes, les politiques et le patronat, aussi bien pour son action que pour ses qualités humaines. Et ce, même s'il y eut entre eux des désaccords.
Le plus grand mérite de John Castegnaro fut sans nul doute d'avoir su transformer, faire évoluer le syndicalisme luxembourgeois. Alors qu'à l'origine le mouvement syndical se cantonnait à la nécessité d'améliorer les conditions de travail et de vie des ouvriers, de défendre leurs intérêts, Castegnaro lui a ouvert, avec d'autres, dans les années 70, de nouveaux horizons.
L'acte de naissance de l'OGB-L se base ainsi sur la réunion de l'ensemble des salariés, ouvriers et employés, à travers une représentation nationale plutôt que sectorielle. A l'évidence, cette approche a permis de renforcer le syndicalisme en lui donnant le poids qu'il a aujourd'hui dans la société luxembourgeoise.
Un poids d'autant plus significatif qu'il a abouti, alors que John Castegnaro avait alors quitté la vie syndicale, à la création du statut unique.
C'est cette cohérence, ce cheminement, que l'on retrouve tout au long de la carrière de l'ancien président de l'OGB-L, de la crise de la sidérurgie des années 70 à la création du modèle social luxembourgeois, dont il fut l'un des principaux artisans.
Durant ces années de crise, il a su se montrer pragmatique. A l'épreuve de force, à la colère aveugle, il a préféré travailler pour éviter les pertes d'emplois et finalement faire en sorte que l'Etat s'engage pour éviter la Bérézina sociale.
Dans cette optique, le dialogue prend une nouvelle dimension. Il devient nécessaire et incontournable. Et s'il s'appuie sur le consensus, il est aussi à même d'aboutir à des solutions. Depuis, le modèle social luxembourgeois a fait ses preuves. Indéniablement.
En ce sens, il n'est pas anodin qu'en ces temps où le dialogue tripartite, à défaut d'être plus difficile, achoppe quelque peu, certains représentants du patronat remettent en cause non pas l'institution mais les hommes pour expliquer son manque de réussite.
Le cheminement de John Castegnaro, c'est aussi le réseau Help, l'engagement en faveur de la Croix-Rouge ou la création d'Objectif plein emploi pour redonner dignité et indépendance aux chômeurs.
Cet engagement, c'est celui d'un travail en faveur d'une société plus juste, plus équitable, plus solidaire. C'est aussi celui qui défend la cohésion sociale, un thème on ne peut plus actuel et qui est repris par une grande partie de l'échiquier politique.
Homme d'action et de conviction, il est indéniable qu'il a marqué la politique sociale nationale. Notamment en faisant entrer le syndicalisme dans un nouvel âge, en lui donnant un statut d'acteur qui œuvre pour un changement de société. Il a ainsi permis au syndicalisme de sortir des usines, de faire entendre sa voix. Et si de temps à autre certains font remarquer à l'OGB-L qu'il se mêle de ce qui ne le regarde pas, c'est bel et bien parce qu'il sait se faire entendre au plus haut niveau.
Et cette réussite, il le doit en grande partie à John Castegnaro.


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