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Les uns et les autres

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Les rebelles syriens ont finalement abandonné un des quartiers clés qu'ils tenaient à Alep, la deuxième ville du pays. Après les boucheries de Homs, Deraa et Houla dont l'armée régulière et les milices ont été les auteurs, ils ont peut-être ainsi évité un nouveau massacre.

Malgré ce recul de l'Armée libre, il est difficile de croire que le régime de Bachar al-Assad contrôle toujours la Syrie. La défection du Premier ministre, Riad Hijab, qui dit soutenir la révolution, en est une nouvelle indication. D'autant plus que cette défection a été précédée de nombreuses autres parmi des membres du gouvernement, des diplomates et des hauts gradés militaires.
 
Est-ce pour autant le début de la fin comme veut le croire le Conseil national syrien?
 
En tout cas, al-Assad s'appuie sur ses alliés, au premier rang desquels figure Téhéran, pour essayer de prouver le contraire. Et il peut toujours compter sur l'appui de Moscou et Pékin qui ont largement participé à l'échec de la voie diplomatique illustré par la démission de Kofi Annan.
 
Russes et Chinois ont en effet bloqué trois résolutions de l'Onu. Ils refusent toute intervention militaire. En ce sens, ils ont été échaudés par l'exemple libyen et considèrent que le feu vert donné à l'intervention de l'Otan a été détourné par les Occidentaux qui, sous prétexte de défendre les civils des exactions du pouvoir, en ont profité pour renverser, et finalement laisser tuer, Mouammar Kadhafi.
 
Chacun défend ses propres intérêts. On connaît les liens qui unissent Damas et Moscou et ce, depuis le régime soviétique, ainsi que la volonté russe de conserver une attache méditerranéenne pour sa flotte depuis l'éclatement de l'URSS.
 
Quant aux critiques, notamment occidentales, Russes et Chinois renvoient cela à la défense d'intérêts stratégiques propres.
 
En ce sens, les événements syriens leur donnent raison car il s'agit aussi, en faisant tomber le régime de Bachar al-Assad, d'affaiblir l'Iran en le privant d'une pièce maîtresse, à savoir un allié régional essentiel. Et si Damas tombe, le Hezbollah libanais en subira les conséquences, ce qui ne pourra être que profitable à Israël.
 
Affaiblir l'Iran, c'est aussi saper le chiisme «conquérant» de la révolution khomeyniste qui a chassé le Shah en 1979. Ce qui signifie que le Liban risque d'être mis en difficulté tandis que le gouvernement irakien de Nouri al-Maliki se retrouvera un peu plus isolé. Sans parler de la Turquie, certainement la seule puissance militaire à même d'intervenir tant Ankara ne tient pas à ce que les Kurdes reprennent du poil de la bête.
 
En fait, c'est toute la cartographie géopolitique de la région qui est en train de se redessiner sur le dos des Syriens. Ils en paient le prix fort avec près de 20.000 morts et des milliers de personnes emprisonnées et torturées par le régime aux abois de Bachar al-Assad.
 
Face à cela, les Occidentaux, et notamment la France qui assure la présidence du Conseil de sécurité de l'Onu, n'ont qu'une marge de manœuvre limitée en aidant militairement l'opposition syrienne à agir en faveur d'une transition politique crédible et rapide et en mettant en place une assistance humanitaire pour soutenir le peuple syrien.
 

Jacques Hillion

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