«Rebondir»
Interview "version longue": Jean-Claude Juncker (CSV) sait qu’«il n’y aura pas de retour à la normale des choses»
Jean-Claude Juncker (CSV) sait qu’«il n’y aura pas de retour à la normale des choses» Propos recueillis par Laurence Harf
Le Jeudi: «Comment positionnez-vous votre parti?»
Jean-Claude Juncker: «Nous ne réinventons pas nos principes à chaque échéance électorale. Nous sommes un parti populaire qui veut embrasser large tant au point de vue des idées que de ses adhérents et sympathisants. Nous sommes allergiques à l'idée de classes, de classes moyennes au sens libéral du terme. Nous voulons être un parti ouvert sur les autres.
Nous sommes un parti chrétien, ce qui ne veut pas dire catholique, ni le bras prolongé du Vatican. Chrétien veut dire que nous avons une certaine idée de l'homme.
Nous sommes un parti social. Nous pensons depuis belle lurette que l'économie n'est pas une fin en soi, mais qu'elle doit être au service de l'homme.»
Le Jeudi: «Le 8 juin 2008, an zéro. Qu'est-ce qui changera et que faudra-t-il changer?»
J.-C. J.: «Nous sommes arrivés à un point où il convient de remettre un certain nombre de certitudes en doute. La reprise du secteur financier est un espoir que je caresse, mais je préférerais une meilleure répartition des talents et des énergies du pays. Nous devons être innovateurs voire innovatifs.
Nous avons multiplié par 7,7 le budget de la recherche publique depuis 2000, par 2,7 depuis 2004. Je pense que nous devons attaquer des nouveaux champs d'activité comme la logistique. En ce qui concerne la Place financière, il faut amener les acteur à élargir la palette des produits et peaufiner la qualité. Pour l'attrait économique du pays, nous devons investir dans les structures d'accueil des enfants.
Ne pas rester immobile, rebondir. Ne pas donner au pays l'impression que tout se réglera par le retour normal des choses, il n'y aura pas de retour normal des choses. On aura besoin d'un effort extraordinaire pour démarrer sur les chapeaux de roues la crise révolue.»
Le Jeudi: «Quel ministère faudrait-il créer?»
J.-C. J.: «Ce n'est pas un problème de chorégraphie, c'est un problème de contenu. Je n'ai jamais pu former, du point de vue de l'organigramme des compétences, le gouvernement tel que je l'aurais formé si je n'avais pas eu besoin de l'assentiment des autres. Sur le point de l'économie – entre les Classes moyennes, le tourisme, la Place, l'agriculture, l'industrie – il y aura sans doute des regroupements, des "reciblages".»
Réformes sociétales
Le Jeudi: «Quel est le point sur lequel vous ne transigeriez pas pour établir un programme de coalition?»
J.-C. J.: «Je suis allergique au compromis facile. Je suis demandeur de solutions de substance. Nous avons des idées, parfois fortes, mais jamais de préalable auquel nous voudrions soumettre ceux avec lesquels nous pourrions gouverner.
Nous sommes un parti qui procède à des échanges parfois vifs en interne sur les questions dites sociétales. D'autres réformes ne sont jamais abordées. Je pense au statut unique, qui a remis en cause des errements et des comportements transmis d'une génération à l'autre. On ne parle jamais de cette réforme. Peut-être parce qu'elle ne figurait dans aucun programme, ni de parti, ni gouvernemental.
Ce qui prouve que les chrétiens-sociaux, comme les socialistes, sont capables d'ajuster le tir sociétal s'il le faut et si la société a atteint un degré de maturité qui permet d'avancer là où on n'avait imaginé aucune avancée.»
Le Jeudi: «Vous avez personnellement défendu le statut unique depuis longtemps...»
J.-C. J.: «Depuis que je suis un homme politique, j'ai toujours considéré que les divisions entre ouvriers et employés étaient artificielles et traduisaient une idée de l'homme que je n'avais pas.»
Le Jeudi: «Dans le même esprit, que dire des relations entre le secteur public et privé?»
J.-C. J.: «Les différences se sont amoindries depuis la réforme du système des pensions. Toujours est-il que ceux qui travaillent dans le secteur public et auxquels le pays doit beaucoup, ne mesurent pas à quel point la garantie de l'emploi les distingue des autres. Ceux qui évoluent dans le secteur privé ont peur de perdre leur emploi. L'angoisse du lendemain est un état qui vous rend moins libre.»
Le Jeudi: «Avez-vous été étonné des réactions suite à la proposition du CSV de réduire les traitements à l'embauche des fonctionnaires?»
J.-C. J.: «Non, parce qu'on déteste les partis qui, avant une échéance électorale, indiquent des pistes qui pourraient être entamées.
Oui, dans la mesure où on s'est imaginé que le CSV imposerait ses vues sans aucune forme de négociation. Il est évident que dans le cadre d'une révision générale des traitements du secteur public – réforme dont l'impact financier doit être modeste – nous aurons à évaluer l'évolution tout au long d'une carrière. Il serait sage de revoir le niveau de salaire en début de carrière. Cela se fera dans le cadre de négociations que je crois pouvoir devenir intenses. Je constate que les autres partis ne veulent rien changer...»
Le Jeudi: «Vous n'êtes pas traditionnellement le parti des fonctionnaires...»
J.-C. J.: «Enfin, nous sommes un parti populaire, nous embrassons tout le monde.»
Le Jeudi: «Nous avons écrit que les attaques françaises et allemandes vous touchaient personnellement.»
J.-C. J.: «Et pourtant aujourd'hui, on ne cesse de supputer dans tous les coins d'Europe que je figure parmi ceux qui pourraient devenir le premier président du Conseil européen! Il y a vingt-cinq États qui veulent l'échange automatique d'informations. Depuis vingt ans que je suis ministre des Finances, je suis habitué à ce genre de débats qui, par moments, deviennent très vifs mais sont constants.
Pour moi, il n'y a rien de nouveau si ce n'est parfois des phrases irréfléchies prononcées du côté de certains hommes politiques allemands. Cela m'intéresse mais ne m''impressionne pas.»
Trois trottoirs et des banques
Le Jeudi: «Pourquoi la fin du secret bancaire n'est-elle jamais abordée ouvertement dans la campagne?»
J.-C. J.: «Le Luxembourg n'est pas une entreprise, ni une société anonyme. C'est une vraie nation qu'il ne faut pas réduire à l'état d'une place financière composée de trois trottoirs et de cent-cinquante banques! J'ai une autre conception du pays et de ses ambitions que de nous voir prisonniers du succès de la Place.
Elle se développera mais nous avons réaménagé le secret bancaire, réajusté sa portée. Nous entamerons la "réforme" de la directive sur le taux d'épargne et nous aurons en Europe un débat sur le secret bancaire. Ce n'est pas le moment d'exposer le détail de nos propositions.»
Le Jeudi: «Quel est votre sentiment par rapport à l'ADR?»
J.-C. J.: «C'est un drôle de parti. Je voudrais que dimanche prochain, chaque électeur qui se présente devant les urnes réfléchisse bien. Un électeur doit toujours s'imaginer ce qu'entraînerait son vote si le parti auquel il l'attribue gouvernait seul. Dans quel état le pays se retrouverait-il dans quelques années? S'il fait cette évaluation, il ne peut pas voter pour un parti dont il est évident que ni sur un plan interne, ni sur un plan externe, il ne pourrait faire du Luxembourg une meilleure place à vivre.»
Le Jeudi: «Le 7 juin, les Luxembourgeois éliront une Chambre des députés, mais aussi un gouvernement...»
J.-C. J.: «J'ai cette petite angoisse que les électeurs se concentreront plus sur le partenaire de coalition du CSV que sur le vote utile et qu'au final, un autre parti sera premier. J'appelle au vote utile.»
Le Jeudi: «Que pensez-vous de Claude Meisch?»
J.-C. J.: «Il m'est sympathique, il a du talent et demain, il fera partie du paysage politique luxembourgeois. Mais je ne sais pas quand demain arrivera...»
Besoin de solidarité
Le Jeudi: «Quel est votre sentiment par rapport à la campagne?»
J.-C. J.: «J'ai un petit hobby. Je lis tous les jours des articles de journaux d'il y a cinq ans et je lis: Juncker est fatigué, il n'a plus d'idées, il est démotivé. C'est la campagne... On parle de moi au lieu de parler des sujets qui intéressent les gens.
Quoi que nous fassions, on dira toujours que la campagne du CSV est centrée sur ma personne. C'est d'un ridicule à dormir debout! Depuis des semaines je vois en couleur sur des affiches géantes mes concurrents politiques. Mes affiches sont posées depuis deux ou trois jours. Je ne vais pas m'excuser d'avoir entre 500 et 700 personnes à mes meetings, tout de même!»
Le Jeudi: «Il faudrait changer de parti pour être tranquille...»
J.-C. J.: «Je me suis souvent dit qu'il faudrait que nous fassions un parti entre ceux qui ont la même idée de l'avenir du pays. Et puis je me suis dit qu'il serait préférable que ceux qui ont, comme moi, des ambitions, se répartissent dans les différents partis politiques. Cela dit, je me sens bien à l'intérieur de mon parti.»
Le Jeudi: «Il y aurait beaucoup de monde dans ce parti?»
J.-C. J.: «Nous serions plus nombreux que tous les membres des partis politiques pris ensemble. Mon vrai parti, c'est les Luxembourgeois.
Ce que j'aime au CSV c'est que nous ayons beaucoup de membres qui viennent des tous les coins et de toutes les "couches" de la population. Bien que je pense que nous sommes un peuple qui ne se divise pas en "couches". Nous avons tous les mêmes rêves et le même besoin de solidarité.
Voyez, c'est la première fois que j'utilise ce mot qui est pourtant employé à tort et à travers dans cette campagne.»
Une guerre est une guerre
|
|
- AirPod: Un concept qui ne manque pas d'air
- J'accuse!
- Du rififi dans l'air
- Démarrage réussi pour Apex Fund Services Luxembourg
- Nombreux sont les Ivoiriens...



Postez votre commentaire