On prend les mêmes?
Logiquement, la crise s'est imposée dans la campagne électorale. De quoi nourrir des inquiétudes et conforter les partenaires de la coalition qui entendent continuer la politique économique qu'ils ont mise en place. Jacques hillion
La crise n'a pas seulement un impact sur l'économie. Elle a largement influencé la campagne électorale. Les deux partis de la coalition sortante, CSV et LSAP, s'en sont en tout cas servi pour entonner de concert un air fédérateur: «On ne change pas une équipe qui gagne», ou, pour le moins, une équipe qui a mis sur pied un plan de lutte contre les effets dévastateurs de la crise et s'est attachée à sauver du marasme deux banques symboliques pour la Place, Dexia et Fortis.
Même si les deux partenaires se sont un peu tiré dans les pattes – chacun essayant de ramener la couverture à soi –, la petite musique est entrée dans les têtes et tout le monde ou presque s'attend à ce que les chrétiens-sociaux et les socialistes restent les deux principaux partis de la Chambre et soient donc reconduits au gouvernement.
Ils ont aussi bénéficié d'éléments extérieurs les confortant. Les attaques sélectives et maladroites de Paris et Berlin contre les paradis fiscaux et notamment contre le secret bancaire luxembourgeois n'ont fait qu'insinuer le doute sur les capacités du pays à se trouver un avenir. Il n'est donc pas étonnant que, de manière très pragmatique, la classe politique ait serré les rangs pour défendre une place financière qui emploie 70.000 personnes. La condamnation à l'unanimité des députés des propos du ministre des Finances allemand, qui a comparé Luxembourg à Ouagadougou, n'en est que l'illustration officielle.
Victime
Second effet de ces attaques, le coup de pouce électoral qu'elles ont donné à Jean-Claude Juncker. Alors qu'il était pressenti pour devenir le premier président de l'Union européenne, ses espoirs se sont envolés. Même la présidence de l'Eurogroupe est remise en cause. De là à passer pour une victime d'une bataille des grands pays contre les petits qui se sacrifie pour l'intérêt national, il n'y a qu'un pas qui a été vite franchi par son parti.
Face à cela, les partis d'opposition ont du mal à faire entendre leur voix et leurs spécificités. Les écolos ont perdu leur chasse gardée. Avec la crise, l'écologie est plus que jamais devenue un secteur d'avenir auquel tous les partis s'accrochent. Et puis, leur jeunesse sur l'échiquier politique et une expérience limitée à la gestion communale n'en dessinent pas aux yeux de certains électeurs le portrait d'un capitaine qui devra tenir la barre du navire dans la tempête.
Quant au DP, en personnalisant sa campagne sur Claude Meisch, il donne parfois l'impression de miser sur… 2014. Le ton revanchard de certaines revendications sur l'école par exemple et le charisme pas encore affirmé de son leader – qui a en plus pour «défaut» de venir du Sud alors que son parti est surtout implanté au Centre – limitent certainement l'aura du DP.
Si les petites listes (KPL, Déi Lénk et Biergerlëscht) ont peu de chances d'obtenir un élu, au soir du 7 juin, ce sont les résultats de l'ADR qui seront observés. En jouant sur le repli identitaire, il risque de capter les voix de ceux que la crise effraie. En tout cas son discours va à l'encontre de celui, beaucoup plus partagé par l'ensemble des candidats, sur la nécessité d'améliorer la cohésion sociale. Pour un pays qui compte 40% d'étrangers et 140.000 frontaliers, la question est d'importance.
Quoi qu'il en soit, il appartient aux électeurs de choisir. Des nouvelles réformes sociétales (mariage homosexuel, adoption, avortement…) aux solutions pour contrer la crise et sauvegarder la Place, les différents partis en lice ont exposé leurs idées.
De leur côté, les deux partenaires de coalition ont quelques couacsn notamment en matière de logement, de réforme administrative ou d'aménagement du territoire (des portefeuilles détenus par le CSV) et un sérieux bilan à présenter (enseignement, statut unique, chèques-service, double nationalité, tram…). À ce titre, l'enjeu pour les socialistes, le petit partenaire de la coalition (14 députés contre 24 au CSV), sera de s'affirmer et de grignoter de l'espace face à un parti chrétien-social qui reste omniprésent.
Face aux enjeux nationaux, les européennes passent au second plan. Elles sont phagocytées par les législatives dont l'importance est mieux perçue par les électeurs. L'enjeu reste donc essentiellement national et tourne autour de la question du panachage. Maintenant qu'il n'y a plus de doubles candidatures à quelques exceptions près dont celles de l'ADR, la question est de savoir si le CSV conservera ses trois sièges. Le LSAP espère en gagner un mais le poids d'un Charles Goerens, dont le nom rassemble bien au-delà du cercle des sympathisants libéraux, ou le travail apprécié d'un Claude Turmes risquent de contrecarrer ses plans. Réponse le 7 juin.
Une guerre est une guerre
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