Grevenmacher: «Plus de tourisme!»
Emplois, logements, mobilité et tourisme sont au cœur des préoccupations. Sébastien Meinbach
À la croisée entre piétonnier et route classique, la Grand-Rue, en plein centre-ville, est un savant mélange entre petits commerces et habitations.
Cadre de vie agréable s'il en est, à deux pas des paysages viticoles à perte de vue le long de la Moselle, la petite ville n'échappe pas aux préoccupations du moment. La crise est passée par là, aussi.
Mais ne leur parlez pas de politique! Beaucoup ici sont résidents étrangers et ne voteront pas le 7 juin. Et même parmi ceux qui devront remplir leur devoir électoral, le sentiment de rejet ou de désintérêt profond pour la politique est très présent.
Barroso, ouvrier de 58 ans au chômage, ne cache pas sa colère, tout empreinte de résignation. «Qui que ce soit de toute façon, ça ne changera jamais rien... ce qu'ils veulent, c'est garder leur place.»
Thierry, employé privé de 32 ans, lui emboîte le pas en dénonçant des programmes qui ne tiennent pas compte des réalités. «Pour faire un programme, il faut se baser sur des fondamentaux économiques et actuellement, c'est impossible.» Lui ira voter mais avoue ne pas savoir pour qui.
«Agréable, mais trop cher»
En cette période de montée du chômage, l'emploi suscite de fortes attentes. Carole, 34 ans, maman d'un petit garçon de 6 ans, doit jongler entre les difficultés des familles monoparentales et celles de l'entreprise de douches qui l'emploie. «Mon entreprise a recouru au chômage partiel pendant trois mois. C'est dur à vivre financièrement et moralement quand on élève un enfant seule.»
Elle pointe en outre l'absence d'infrastructures dans la région, en particulier médicales: «Si j'ai une urgence avec le petit en soirée, le week-end ou un jour férié, on est obligé de se rendre à Luxembourg, ici il n'y a rien.»
Ouvrière dans une usine d'emballage et maman de deux enfants, Fanny, 29 ans, déplore elle aussi une précarisation de l'emploi. «Il y a moins de travail. Les heures supplémentaires se font rares, ce qui se ressent sur le salaire. Et les contrats sont précaires, on n'accorde plus de CDI.»
Tout juste installée à Grevenmacher, elle regrette aujourd'hui d'avoir acheté sa maison. C'était il y a un an. Mais si elle avait su... «Maintenant il faut faire avec les crédits...»
Crise ou pas crise, la cherté des logements reste une des inquiétudes principales. Le phénomène ne touche pas uniquement la région, mais il est d'autant plus visible de par la proximité du voisin allemand, au foncier plus accueillant. «Les prix du logement sont beaucoup trop élevés», s'insurge Yves. Pharmacien de 25 ans, il apprécie une région calme, agréable à vivre et proche de l'autoroute. «C'est idéal, mais très compliqué, particulièrement pour les jeunes. Résultat: beaucoup s'expatrient en Allemagne.»
Même l'âge n'est pas un gage de tranquillité. Joséphine, 61 ans, à la retraite, comptait sur sa fille pour l'aider à payer le loyer de son appartement, «difficile avec une simple retraite». Or, sa fille est au chômage et la retraitée ne peut compter que sur elle-même.
Le développement du tourisme est une autre attente, plus régionale, présente dans la petite ville, particulièrement à l'esprit des commerçants. «Il manque un afflux touristique, il reste beaucoup à faire dans ce domaine pour faire connaître la région, soupire Véronique, bouchère de 38 ans. On ne trouve presque pas d'hôtels et de restaurants. Il faut faire vivre les commerces.» Une préoccupation relayée par Thierry, serveur de 49 ans, et Édith, vendeuse, pour qui le tourisme passe aussi et surtout par «le développement des commerces et des PME».
Quant à la mobilité, entre les difficultés dues au trafic, en particulier frontalier, et l'organisation parfois approximative des transports publics, le sujet fait débat. «Les transports publics sont relativement fréquents ici, concède Luis, jeune laborantin de 20 ans, mais c'est plus compliqué dès qu'on vit dans une localité plus petite, et les correspondances, même vers la capitale, sont mal organisées.»
Sébastien, 30 ans, employé privé, dénonce en revanche «une mauvaise prise en charge du trafic dans la région et la mauvaise organisation des transports publics» qui ne permettent pas de soulager les grands axes. Il note encore que l'environnement doit être mieux préservé et que, «si certaines choses sont déjà réalisées, il faut faire plus et mieux, question d'avenir pour nous et nos enfants».
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