Le Jeudi: Fissures dans une belle façade Fissures dans une belle façade ================================================================================ Marina on 2010-07-22 14:46:00 Josée Zeimes Den Här (Monsieur l'abbé) de l'auteur luxembourgeois Josy Braun provoqua, lors de sa création en 1979, une avalanche de protestations dans certains milieux catholiques. Aujourd'hui, lors de sa relecture par Eva Paulin, la pièce s'intègre dans une lignée de révélations, parfois surprenantes, de faits longtemps recouverts d'un mur de silence qui s'écroule maintenant que l'on parle ouvertement de la vie sexuelle des prêtres catholiques. J. Braun se base dans Den Här sur un fait cruel et dramatique: le suicide d'une jeune femme dans un petit village luxembourgeois; on murmure que la jeune Gritty, fille de l'instituteur, était enceinte de l'abbé. À travers une langue précise, directe, l'auteur n'accuse pas, il ne lance pas de polémique ouverte mais tente de cerner la réalité, de dévoiler l'hypocrisie et d'aérer un milieu qui risque l'étouffement, en saupoudrant la vie au village de certaines notes ironiques, notamment en faisant répéter à la chorale de l'église, en plein climat tendu, la chanson oh, happy day. L'auteur prend aussi distance du drame, en donnant la parole à un jeune journaliste critique, originaire du village en question – Raoul Biltgen crée un personnage énergique et sensible – qui voudrait, pour rendre justice à la victime, comprendre ce qui s'est passé et faire la lumière sur l'affaire par le biais de la publication d'une pièce de théâtre. En eaux troubles À son apparition sur les lieux, dix ans après les événements, le journaliste Fred Hermes se heurte à un silence obstiné voire hostile. Le village stagne dans des eaux calmes. L'abbé indigne, accusé de trop aimer les enfants de chœur, fut presque disculpé et remplacé par un confrère dynamique – Jean-Paul Maes réussit à se glisser adroitement dans ce rôle. Pourtant sa secrétaire-cuisinière – Nicole Max, par une mimique et une gestuelle minimaliste mais efficace donne consistance à cette femme effacée – souffre de son excès de zèle et a osé se confesser au journaliste. Peu à peu, le voile du silence se déchire, le père de Gritty – une prestation juste de Marcel Heintz – reconnaît d'abord les faits. D'autres voix, hésitantes, se manifestent. La vérité prend forme, le nouvel abbé doit, malgré ses soubresauts de mensonges, admettre, au cours d'une confrontation-clé avec le maudit journaliste, l'état des choses, même si c'est seulement face à lui-même. Le metteur en scène Eva Paulin opte pour une vision claire, un travail bien cadencé, dans la lignée de l'auteur. Elle encourage aussi les comédiens à créer des personnages humains avec leurs défauts et leurs faiblesses. Les scènes qu'elle situe sur de petites plates-formes en noir et blanc, disposées sur plusieurs niveaux, tout en longueur face au public, se suivent ou se jouent en parallèle. Le discours, la parole, crée un lien entre les divers îlots d'un ensemble structuré et hiérarchisé, petit à petit le rideau du mensonge se disloque, le non-dit de jadis se dit aujourd'hui publiquement, par-delà les murs, qui semblaient infranchissables. Den Här dans la vision Braun/Paulin fait défiler un univers tantôt terne tantôt coloré, rythmé par la musique de Gabriel Thibaudeau, il est tiraillé entre hypocrisie, silence imposé et consenti et désir de dire la vérité et d'assumer les conséquences. «Den Här» de Josy Braun. Production: Commune de Steinfort. Mise en scène: Eva Paulin. Avec Raoul Biltgen, Marcel Heintz, Lotty Jungblut, Jean-Paul Maes, Rosalie Maes, Nicole Max, Jean Noesen, Jean-Paul Raths, Jean-Marc Turmes. Représentations au Centre culturel Al Schmelz Steinfort les 22, 27, 28, 30/07, les 2 et 4/08 à 20.30h. Réserv.tél.: 47.08.95-1.